C'est-à-dire, qu'il ne s'est jamais cassé le cou, et qu'il a eu la prudence de ne pas le laisser casser à son pupille. Ce sera quelque entrepreneur général de voyages qui prendra celui de votre fils, à forfait; quelque valet de chambre suisse, qui saura, à demi-sou près, le prix des relais de Calais à Rome, qui le ménera dans les meilleures auberges, l'instruira à fond sur la meilleure qualité des vins, et le fera souper à une guinée plus cher que si le pupille avoit lui-même fait son marché. Quel gouverneur! examinez-le, et voyez s'il ne grandit pas d'un pouce à mesure qu'il vous parle de ces avantages précieux. Sa fierté, sa science et son utilité cessent après cette énumération.
Mais, quand mon fils voyagera, il sera enlevé des mains de son gouverneur, par des gens de qualité et des gens de lettres, avec lesquels il passera la plus grande partie de son temps.
D'abord, la véritable bonne compagnie est aussi rare que réservée.
Mais cette difficulté est surmontée, et il part chargé de lettres de recommandation pour tout ce qu'il y a de mieux dans chaque ville.
Oui, il obtiendra de ces recommandations tout ce que la politesse la plus stricte leur prescrira, et voilà tout.
Quant aux gens de lettres, rien ne nous trompe tant que les attentes que nous nous promettons de leurs liaisons, surtout lorsque nous en faisons l'expérience avant d'avoir mûri notre esprit par l'étude et les années.
La conversation est un trafic, et si on l'entreprend sans fond, la balance penche et le commerce tombe. Qu'on publie tant qu'on voudra le contraire. Les voyageurs communiquent peu avec les étrangers qu'ils visitent, et cela vient sûrement de ce que ceux-ci soupçonnent, et sont même convaincus qu'il n'y a rien dans la conversation de ces pélerins qui compense le trouble que donnent la difficulté de les comprendre, et les visites qu'il en faut essuyer.
Le jeune homme cherche alors une société plus aisée. La mauvaise compagnie est toujours prête; elle se présente sur ses pas, et sa carrière est aussitôt finie.
LA MÉDISANCE.
Les véhicules avec lesquels on prépare le poison mortel de la médisance sont innombrables. Il est délayé par des mains si adroites, il est versé d'une manière si aimable et si naturelle, qu'on ne peut le découvrir que par ses effets.