Vous avez les avantages d'une haute naissance et des titres pompeux, ou ceux de la faveur dans la cour des rois, ou ceux d'une grande fortune, de grands talens, d'un grand savoir; ou bien la nature a épuisé ses dons et ses grâces en vous formant. Parlez… Sur laquelle de ces qualités avez-vous fondé et élevé le temple où vous vous exposez à l'adoration? examinons-les.

Vous êtes bien né… Eh! croyez-moi, l'humilité ne peut pas polluer le sang qui vous anime; elle ne vous fera pas tomber du haut de votre rang; elle ne dépouille pas les princes de leurs titres. Comme le clair-obscur en peinture, elle fait saillir le héros du fond du tableau, et détache sa figure du groupe où elle seroit confondue sans elle.

Vous êtes riche… Etendez, éparpillez vos richesses; rachetez-en la haine, par la douceur de vos mœurs. Descendez vers vos inférieurs, soulagez le malheur, étayez la foiblesse, vengez l'opprimé: soyez grand. Considérez cet argent comme des talens entassés dans un vaisseau d'argile: vous n'en êtes que le dépositaire. Être obligé d'en rendre compte et être vain, c'est allier la pauvreté et l'orgueil. Oh! bien absurde assemblage!

Vous êtes puissant et en crédit; une foule servile de clients se traîne sur vos pas… De quoi seriez-vous orgueilleux? de ce qu'ils ont faim? chassez, chassez ces sycophantes, ils en ont abusé mille autres.

Mais le rang a été donné à ma dextérité et à mes lumières: soit… Et vous êtes vain d'une place où vous devenez la butte titrée, contre laquelle se dirigent la vengeance de l'un, la malice de l'autre et l'envie de tous, dans laquelle les hommes les plus honnêtes ne peuvent pas même échapper au soupçon, et dont les fripons cherchent sans cesse à vous détrôner. Quoi! seriez-vous vain d'une faveur incertaine? Aman l'étoit ainsi, parce qu'il étoit admis aux banquets d'Esther.

Passons aux prétentions que le savoir peut vous donner. Si vous savez peu, je comprends comment vous pouvez être vain. Si vous savez beaucoup, êtes-vous orgueilleux de ce que vous ignorez encore et de ce que vous ignorerez toujours? dans tous les cas, ne vous écrierez-vous pas, avec le pauvre homme à la coignée, des chapitres 6 et 7 des Rois: Hélas! hélas! mon maître, je l'avois empruntée!

Dirai-je la même chose de la beauté? quels que soient les embellissemens et les parures dont l'orgueil la décore, ils frappent les yeux seuls de la multitude; et la fausse beauté, dans l'impuissance et le désespoir de réussir par des moyens naturels, se targue de captiver les regards et l'attention par une pompe étrangère.

Mais la vraie beauté est si attrayante, qu'on ne sait comment déclamer contr'elle; et lorsqu'il arrive qu'une figure céleste, et qu'une taille enchanteresse sont la demeure d'une ame vertueuse, quand la régularité et la douceur des traits caractérisent celle de l'ame, et que ces avantages élèvent les pensées jusques vers l'auteur de la nature, dont la sagesse créa l'harmonie, ah! qu'il y a de choses à dire, et sur la beauté et sur l'art de la faire ressortir! quand l'apologie est néanmoins achevée, il reste enfin que la beauté, comme la vérité, n'est jamais si glorieuse que lorsqu'elle est simple.

Oui, la simplicité est l'amie de la nature; et si je pouvois être vain de quelque chose dans ce monde vil, ce seroit de cette noble alliance.

L'ÉLOQUENCE DES LIVRES SACRÉS.