Dans le fossé, dit mon oncle.

Qui le comblent, ajouta Trim.

Et facilitent le passage, reprit mon oncle.

A tout un bataillon… dit Trim…

Comme cela arriva à la porte Saint-Nicolas! s'écria mon oncle Tobie.

Monsieur entend mieux ces choses, dit Trim, que tous les officiers qui sont au service de sa majesté; et s'il vouloit abandonner le projet de la table pour aller à la campagne, je lui jure que je ferois sous ses ordres des fortifications où rien ne manqueroit. Les batteries, les fossés, les sappes, les palissades, que sais-je? Je suis sûr qu'on viendroit de vingt milles à la ronde voir ce que nous ferions…

Le rouge montoit au visage de mon oncle Tobie à chaque mot que disoit Trim. Mais qu'on ne croie pas que ce fût une rougeur de honte, de modestie ou de colère… Elle étoit de plaisir, de joie… Le projet de Trim l'animoit et le mettoit en feu… Trim, dit mon oncle Tobie, tu en as assez dit.

Nous pourrions commencer la campagne, dit Trim, le même jour que le roi sortiroit de quartier avec ses alliés… Nous écraserions, nous abymerions les villes avec autant d'aisance qu'eux… En voilà assez de dit, Trim, s'écria mon oncle Tobie… Il suffiroit, comme je l'ai déjà dit, que monsieur, assis dans son fauteuil, me donnât ses ordres… je… C'en est assez, Trim, n'en dis pas davantage! Le plaisir et l'amusement de monsieur… Mais ce n'est encore rien que cela; il respireroit un bon air; ce seroit un exercice agréable qui contribueroit à sa santé; sa blessure ne tiendroit pas un mois…

Je goûte ton projet, Trim; c'en est assez, dit mon oncle, en fouillant dans sa poche.

En ce cas, si monsieur le veut, j'irois, dès ce moment, acheter une bêche de pionnier, que nous emporterions avec nous… Je prendrois aussi une pelle, une pioche, une paire de… En voilà assez, Trim, dit mon oncle, tout extasié, et en levant une jambe. Il lui mit aussitôt une guinée dans la main… Trim, lui dit-il, va mon enfant, n'en dis pas davantage; va, mon garçon, va, descends sur-le-champ, et apporte-moi mon souper tout de suite.