«Je suppose, dit Yorick, que vous avez commencé par prouver ce fait.—Suffisamment, dit mon père.»—

En disant cela, mon père ferma le livre;—non pas comme s'il avoit résolu de ne plus lire, car il garda son premier doigt dans le chapitre;—ni d'un air fâché, car il ferma le livre doucement, son pouce restant sur la couverture de dessus, et ses trois derniers doigts soutenant celle de dessous, sans aucune pression violente.—

«J'ai démontré la vérité de cette assertion, dit mon père, faisant signe de la tête à Yorick, plus que suffisamment dans le précédent chapitre.»—

Or, si on disoit maintenant à un habitant de la lune, qu'un habitant du monde sublunaire a écrit un chapitre, démontrant suffisamment que tout le secret de la santé consiste dans les efforts mutuels que font le chaud et l'humide radical pour l'emporter l'un sur l'autre;—et qu'il a prouvé la chose avec tant de ménagement, que dans tout le chapitre il n'y a pas un mot de sec ni d'humide sur le chaud ou l'humide radical,—ni une seule syllabe, directement ou indirectement, pour ou contre la rivalité de ces deux puissances dans l'économie animale—…

«O toi! éternel créateur de tous les êtres, s'écrieroit-il, en frappant sa poitrine de sa main droite (en supposant qu'il eût une poitrine et une main droite)—toi, dont le pouvoir et la bonté peuvent étendre les facultés de tes créatures jusqu'à ce degré infini d'excellence et de perfection! que t'ont fait les habitans de la lune?»

CHAPITRE XXXV.
Sur les charlatans.

Mon père finit par deux apostrophes dirigées, l'une contre Hippocrate, l'autre contre le lord Vérulam.

Il commença par le prince de la médecine, en lui faisant une légère apostrophe sur sa lamentation chagrine: Ars longa, vita brevis. «La vie courte, s'écria mon père, et l'art de guérir difficile!—Eh! qui devons-nous en remercier? et à qui faut-il nous en prendre? si ce n'est à l'ignorance de ces maudits charlatans eux-mêmes,—et à leurs tréteaux,—et à leurs drogues,—et à leur étalage philosophique, avec lequel, dans tous les temps, ils ont commencé par flatter le monde, et ont fini par le tromper!—»

«Et toi, lord Vérulam, s'écria mon père, (quittant Hippocrate pour lui adresser sa seconde apostrophe, comme au premier des vendeurs d'orviétan, et le plus propre à servir d'exemples aux autres)—que te dirai-je, grand lord Vérulam? que dirai-je de ton esprit intérieur,—de ton opium,—de ton salpêtre,—de tes onctions grasses,—de tes médecines,—de tes clystères,—et de tous leurs accompagnemens?»

Mon père n'étoit jamais embarrassé de savoir que dire à qui que ce fût, ni sur quoi que ce fût,—et il avoit plus de facilité pour l'exorde qu'aucun homme vivant.—Comment il traita l'opinion du lord Vérulam? vous le verrez:—mais quand? je ne sais pas. Il faut que nous voyions d'abord ce que c'étoit que l'opinion du lord Vérulam.