«Et les culottes, disoit mon père?»
«Il paroît, poursuivoit Rubénius, il paroît, d'après les meilleurs historiens de ces temps-là, qu'ils envoyoient souvent leurs habits au foulon pour être nettoyés et blanchis. Mais le menu peuple, pour éviter cette dépense, portoit communément des étoffes brunes, et d'un tissu un peu plus grossier. Ce ne fut que vers le règne d'Auguste, que toute distinction dans les habillemens fut détruite; les esclaves s'habillèrent comme les maîtres. Il n'y eut de conservé que le lati-clave.»
«Et qu'est-ce que le lati-clave, dit mon père?»
Oh! c'est ici le point le plus débattu parmi les savans, et sur lequel ils sont moins d'accord.—Egnatius, Sigonius, Bossius, Ticinenses, Baysius, Budœus, Salmasius, Lipsius, Lazius, Isaac Casaubon, et Joseph Scaliger, diffèrent tous les uns des autres; et Albertius Rubénius d'eux tous. Les uns l'ont pris pour le bouton, d'autres pour l'habit même,—quelques-uns pour la couleur de l'habit.—Le grand Baysius, (dans sa garde-robe des anciens, chapitre douze) avoue modestement son ignorance. Il dit qu'il ne sait si c'étoit un clou à tête, un bouton, une ganse, un crochet, une boucle, ou une agrafe avec son fermoir.
Mon père perdit le cheval, mais non pas la selle.—«Ce sont des bretelles, dit-il.» Et il ordonna que mes culottes eussent des bretelles.—
CHAPITRE LXIV.
Bon soir la Compagnie.
Un nouvel ordre de choses, et de nouveaux événemens se présentent devant moi.—
Laissons mes culottes entre les mains du tailleur, et le tailleur accroupi, prêtant l'oreille aux dissertations de mon père qu'il ne comprend point.—
Laissons mon père debout devant lui, appuyé sur sa canne, son traité du lati-clave à la main, et lui désignant l'endroit précis de la ceinture, où il avoit résolu de faire attacher mes bretelles.—
Laissons ma mère, la plus insouciante des femmes (je dirai presque la plus philosophe) sans souci sur mes culottes, comme sur toutes les choses de la vie, indifférente sur les moyens, et ne s'occupant que des résultats.—