Un parent dans la misère se prosterna jusqu'à terre.—

Madame de Beaussiere passa son chemin.

Il courut tête nue à côté du palefroi, en la priant, en la conjurant par les premiers liens de l'amitié, de l'alliance, de la parenté.—«Ma cousine, ma sœur, ma tante, ma mère,—au nom de la vertu, pour l'amour de vous, pour l'amour de moi, pour l'amour de Jésus-Christ, souvenez-vous de moi, ayez pitié de moi!»—

Madame de Beaussiere passa son chemin. Elle s'arrêta à la fin.—Prenez mes moustaches, dit-elle à son page.—Le page prit son palefroi.—Elle mit pied à terre sur la terrasse.

Quand la cour fut rassemblée le soir, ce fut à qui parleroit, ou plutôt à qui ne parleroit pas des moustaches. La Fosseuse tira une aiguille de sa tête, et se mit à dessiner le contour d'une petite moustache sur un côté de sa lèvre supérieure, et remit l'aiguille à la Rebours.—La Rebours secoua la tête.—Madame de Carnavalette soupira: c'étoit elle qui avoit donné des moustaches à sainte Brigitte.

Madame de Beaussiere toussa trois fois dans son manchon.—La Guyol sourit.—Fi! dit madame de Beaussiere.—La reine de Navarre comprit enfin l'énigme, et passa son doigt sur ses yeux, avec un geste qui vouloit dire: je vous entends bien.

«Et qu'entendoit-elle? dit la vieille dame, en soulevant sa gaze, et regardant le vieux gentilhomme.»—

«Ce que vous entendez vous-même, répondit le vieux gentilhomme;» et il continua de lire.

—Toutes ces conversations, loin d'être favorables au mot moustaches, préparoient sa ruine. La Fosseuse lui avoit porté le premier coup;—il s'étoit pourtant soutenu, et pendant quelques mois il fit une assez belle résistance;—mais, au bout de ce terme, le jeune marquis de Croix ayant été forcé de quitter la Navarre, faute de moustaches, le mot devint bientôt indécent, et ne tarda pas à être entièrement hors d'usage.

Les meilleurs termes du meilleur langage de la meilleure compagnie peuvent être exposés à la même disgrace. Il ne faut qu'un esprit mal-fait pour exciter tous les esprits.—Le curé d'Estelle écrivit dans le temps un gros livre sur les équivoques, afin de prémunir les Navarrois contre leur danger.