—Si je pouvois faire ainsi mes conditions avec la mort comme avec mon apothicaire, et décider le temps et le lieu où elle doit me prendre,—je lui déclarerois que je ne veux point que ce soit en présence de mes amis.—Aussi, toutes les fois qu'il m'arrive de penser au genre et aux circonstances de cette grande catastrophe, (circonstances qui m'occupent et me tourmentent dix fois plus que la catastrophe elle-même,) je ne manque pas de supplier ardemment le souverain dispensateur de toutes choses, qu'il arrange les miennes de façon que la mort ne me surprenne pas dans ma propre maison; mais plutôt dans quelque auberge commode.—

Dans ma maison, je sais ce que c'est.—L'affliction des miens, leur empressement à m'essuyer le front, à arranger mon oreiller,—ces petits et derniers services que me rendroit la main frissonnante de la pâle amitié, me déchireroient le cœur au point que je mourrois d'un mal dont mon médecin ne se douteroit pas.—Au lieu que dans une auberge, je suis assuré de mourir en paix; j'achète avec quelques guinées le peu de services dont j'ai besoin. Ces services me sont rendus avec une attention froide, mais exacte.

Prenez garde pourtant: cette auberge ne doit pas être celle d'Abbeville. Elle est par trop mauvaise.—N'y eût-il pas d'autre auberge dans le monde entier, j'excepterai celle-ci de la capitulation.

—Ainsi, garçon,

«Que les chevaux soient prêts demain matin à quatre heures.—A quatre heures; oui, monsieur.—Si tu me manques d'une minute, par sainte Geneviève! je ferai un tel carillon dans la maison, que les morts s'y réveilleront.»

CHAPITRE XCVII.
Prédiction de David.

Rendez-les, mon Dieu, semblables à une roue. C'est un sarcasme amer que David, par un esprit prophétique, lançoit contre ceux qui entreprennent le grand tour, et contre cet esprit turbulent qui les y porte;—cet esprit qui, suivant la prédiction de ce même David, doit accompagner les enfans des hommes jusqu'à la consommation des siècles.

«Aussi, suivant l'opinion du célèbre évêque Hall, c'est une des plus sévères imprécations que le saint roi ait jamais proférées contre les ennemis du Seigneur.—C'est comme s'il eût dit: Je désire qu'ils tournent éternellement.—Un mouvement si violent, continue le saint évêque, qui étoit d'une grosse corpulence, un mouvement si violent est l'image de l'enfer, de même que le repos est l'image du paradis.»

Moi qui suis d'une corpulence chétive, je pense tout différemment; et je trouve au rebours que le mouvement est l'ame de la vie, et que l'inaction et la lenteur sont le partage de la mort.

—«Holà! oh! ils sont tous endormis!—atelez les chevaux;—graissez les roues;—attachez la malle;—remettez ce clou qui manque:—je ne veux pas perdre une minute.»