CHAPITRE XI.
Fin de l'Histoire de l'Abbesse des Andouillettes.
«Tous les péchés quelconques, dit l'abbesse, (devenue casuiste par la détresse où elle se trouvoit)—tous les péchés, ma chère fille, sont partagés en deux classes; mortels et véniels.—Telle est la division établie par le saint directeur de notre couvent; et il n'y en a pas d'autre.—Or, un péché véniel étant déjà par lui-même le plus léger et le moindre de tous,—il est certain que si vous le séparez en deux, prenant une moitié et laissant l'autre,—ou si vous le partagez à l'amiable entre une autre personne et vous,—ce péché, qui étoit déjà peu de chose, se réduira bientôt à rien.»
«Or, je ne vois aucun péché à dire bou cent fois, mille fois de suite; de même qu'il n'y a rien de malhonnête à prononcer la seconde syllabe isolée, fût-ce depuis les matines jusqu'aux vêpres.—Ainsi, ma chère fille, continua l'abbesse des Andouillettes, je dirai bou, tu me répondras, je reprendrai; et ainsi de suite alternativement.—Et comme il n'y a pas plus de mal à dire fou qu'à dire bou,—tu entonneras fou, et moi j'acheverai le mot en guise de répons, comme aux versets de nos complies.—»—L'abbesse toussa, donna le ton, Marguerite suivit; et il en résulta le plus étrange duo dont les fastes monastiques aient jamais fait mention.
«Bou—bou—bou—bou, disoit l'abbesse.»—
Il n'est personne un peu instruite qui ne sache ce que répondoit Marguerite.
«Fou—fou—fou—fou, disoit Marguerite.»—
Je lis dans vos yeux, mademoiselle, qu'au besoin vous auriez pu achever le mot pour l'abbesse.
A peine l'abbesse et Marguerite eurent-elles commencé leur psalmodie, que les deux mules, croyant reconnoître une musique qui leur étoit familière, remuèrent la queue, mais sans avancer d'un pas.—La recette opère, dit la novice.—Il faut recommencer, dit l'abbesse;—et le duo reprit…
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—L'abbesse—b—b—b—b—