Il est bon que vous sachiez que les Françoises aiment les mais à la folie,… presque autant que leurs petits chiens. Donnez-leur un mai, n'importe en quel mois ce soit,—elles y courront, elles y oublieront le boire, le manger et le dormir.—Et si nous avions la politique, en temps de guerre, de leur envoyer une cargaison de mais, (d'autant que le bois commence à devenir rare en France)—les femmes les planteroient d'abord, ensuite hommes et femmes se mettroient à danser à l'entour, et laisseroient le pays à notre discrétion.
La femme du sellier rentra, comme je vous l'ai dit, pour ôter ses papillotes.—La toilette est pour les dames la première occupation de la vie. Tout en ouvrant la porte, la femme du sellier ôta sa coiffe, et commença à jetter ses papillotes:—une d'elles tomba à mes pieds;—je reconnus mon écriture.—
«O dieux! m'écriai je, madame, vous avez toutes mes remarques sur la tête.—J'en suis bien mortifiée, dit-elle.—Il est bien heureux pour elles, pensai-je, qu'elles se soient arrêtées à la superficie. Pour peu qu'elles eussent pénétré plus avant, elles auroient mis une caboche femelle, et surtout françoise, dans une telle confusion, que mieux auroit fallu pour elle demeurer toute l'éternité sans être frisée.»—
—Tenez, dit-elle.—Et sans avoir la moindre idée de la nature de mes souffrances, elle ôta ses papillotes, et les mit gravement l'une après l'autre dans mon chapeau. L'une étoit tortillée d'une façon, l'autre tortillée de l'autre.—«Et par ma foi, dis-je, si elles sont jamais publiées, on verra bien un autre tortillage.»
CHAPITRE XXV.
La colique.
«Allons voir l'horloge, dis-je, de l'air d'un homme que les difficultés n'arrêtent pas,—allons voir l'Histoire de la Chine et le reste. Rien ne sauroit à présent m'en empêcher,—si ce n'est le temps, dit François; car il est près d'onze heures.—Il n'y a qu'à marcher plus vîte, dis-je.» Et nous prîmes le chemin de la cathédrale.
Dans la vérité de mon cœur, je ne puis dire que j'aie éprouvé la moindre peine, quand un sacristain que je rencontrai sur la porte, me dit que la fameuse horloge de Lippius étoit toute détraquée, et qu'elle n'alloit plus depuis plusieurs années. «J'en aurai plus de temps, me dis-je à moi-même, pour parcourir l'Histoire de la Chine; et d'ailleurs, je suis plus en état de rendre compte de l'horloge depuis qu'elle ne va plus, que si elle eût été dans son état florissant.»
Ainsi donc je m'acheminai au collége des Jésuites.
Il en est du projet que j'avois de voir cette Histoire de la Chine, comme de beaucoup d'autres que je pourrois citer, qui ne frappent l'imagination que de loin; car à mesure que je m'approchois de l'objet, mon sang se réfroidissoit; peu à peu ma fantaisie passa, tellement que je n'aurois pas donné une obole pour la satisfaire.—La vérité étoit, qu'il me restoit peu de temps, et que mon cœur m'entraînoit au tombeau des deux amans.—«Je prie le ciel, dis-je, en saisissant le marteau pour frapper, que la clef de la bibliothèque ne se trouve point.» Il en arriva autrement; mais la chose revint au même.
Tous les Jésuites avoient la colique, et une colique telle qu'ils n'en sont pas encore guéris.