«Hélas! oui, dit mon oncle Tobie d'un air rêveur, et les yeux fixés sur la porte de la veuve Wadman.»—
«Et qu'y a-t-il d'aussi affreux qu'une éternelle prison?—Qu'y a-t-il d'aussi doux que la liberté?—Rien au monde, Trim, dit mon oncle Tobie toujours d'un air rêveur.»
«Tant qu'un homme est libre, s'écria le caporal…» Et en même-temps il fit avec son bâton le moulinet par-dessus sa tête, à-peu-près en cette manière:
—Un million de syllogismes les plus subtils de mon père, n'en auroit pas dit davantage en faveur du célibat.
—Mon oncle Tobie jeta un regard pensif vers sa chaumière et son boulingrin.—
Le caporal, avec sa baguette, avoit imprudemment évoqué l'esprit de calcul; il se dépêcha de le conjurer, en poursuivant son histoire en manière d'exorcisme, lequel ne se trouve dans aucun rituel que je connoisse.
CHAPITRE LXIX.
Amours de Tom et de la Juive.
«La place de Tom lui valoit de l'argent, et lui donnoit peu de besogne.—Le climat de Lisbonne est chaud.—C'est ce qui lui donna la fantaisie de se marier.»
«Or, il arriva vers ce temps-là qu'un Juif, qui vendoit des saucisses dans la même rue où Tom demeuroit, tomba malade d'une rétention d'urine, et mourut. Sa veuve resta en possession d'une boutique bien achalandée; et, comme à Lisbonne, ainsi qu'ailleurs, chacun est pour soi, Tom pensa qu'il n'y auroit point de mal d'aller se présenter à la veuve, pour lui offrir d'aider à continuer son commerce.»