Quand cette action dramatique fut déployée, on reconnut la sagesse et le rapport des scènes intéressantes qui la constituoient. Alors on vit que ce n'étoient pas ses frères, ainsi qu'il le leur disoit en les consolant, mais Dieu qui l'avoit vendu; sa puissance s'étoit aidée de leurs passions, elle avoit dirigé leurs démarches, elle avoit tenu dans sa main la chaîne, et les avoit conduits ainsi à ses desseins. Vous avez véritablement voulu me faire du mal; mais Dieu l'a changé en bien, vous avez été coupables d'un projet pervers, et Dieu a eu la gloire d'en accomplir un bon, en conservant votre postérité sur la terre, et en préservant de la mort un peuple entier.
Toute cette histoire est remplie de témoignages pareils. Ils peuvent convaincre ceux qui ne regardent que la superficie des choses, que le temps et le hasard gouvernent tout; mais ils manifestent à ceux qui les examinent plus profondément, qu'une main puissante s'occupe des affaires des hommes. Les politiques de ce monde ont beau la rejeter et n'en faire aucun cas en formant leurs plans, ils la trouvent toujours dans l'exécution, et quoique le fataliste insiste en disant que les événemens dérivent de la chaîne des causes naturelles, je lui répondrai; faites un pas de plus et considérez quel est le pouvoir qui fait agir ces causes, quelle est la science qui prévoit leurs effets, et quelle est la bonté qui les dirige invisiblement au meilleur et au plus grand but du bonheur humain.
C'est ainsi qu'un grand logicien s'explique sur cette matière. «Quand l'Ecriture nous dit que Dieu commande aux corbeaux, et que ce sont ses messagers auxquels la nue et les vents doivent obéïr, ce n'est pas une façon de parler seulement religieuse, cette expression est aussi stricte que philosophique. Si son esclave se cache le long du ruisseau, l'ordre qu'il lui donne sera vain, la cause et les effets seront détruits, les oiseaux de l'air ne voleront pas au secours du prophète, ainsi qu'il a été ordonné. Quand cette ressource manque à Elisée, il est inspiré d'aller à Sarepte, car en même-temps une veuve y a reçu l'ordre secret de le secourir; la main qui a conduit le prophête à la porte de la cité, a mené la veuve infortunée hors de cette porte pour lui offrir sa maison, et la Providence a calculé ces actions diverses en elles-mêmes pour remplir ses promesses, et veiller à leur conservation mutuelle.»
C'en est assez pour démontrer et persuader la doctrine fondamentale de la Providence; notre consolation et notre espoir dépendent de la foi vive que nous aurons en elle. Le psalmiste a donc raison de s'écrier que notre Seigneur est le roi, et d'en conclure que la terre doit s'en réjouir, et que les îles doivent être dans la jubilation. Que Dieu nous accorde le don de la vertu avec celui de la gaieté, et qu'il fasse croître en nous les fruits d'une bonne vie pour sa propre gloire; à lui seul appartient aujourd'hui et à jamais puissance, majesté, domination. Ainsi soit-il.
Fin des Sermons.
LETTRES DE STERNE.
LETTRE PREMIÈRE.
A. W. C. Ecuyer.
Coxwould, le 1 Juillet 1764.
Je suis arrivé sain et sauf à mon petit hermitage; et j'ai la certitude que vous ne tarderez pas à venir m'y joindre: puisque, pendant six mois, nous avons ensemble parcouru le cercle des plaisirs, il faut également que vous soyez de moitié dans ma solitude. Vous y trouverez le repos dont, tout jeune que vous êtes, vous devez avoir besoin; nous aurons, à votre choix, de l'esprit, de l'érudition ou du sentiment; mes jeunes laitières vous feront des bouquets, et tous les jours, après le café, je vous menerai visiter mes nones; cependant, n'allez pas tout de suite donner carrière à votre imagination; laissez plutôt agir la mienne, ou du moins souffrez qu'elle vous raconte comment un charmant cloître s'est élevé tout-à-coup dans une de ses régions fantastiques. Qu'est-ce que cela signifie, direz-vous?—un moment.—Je vais vous l'apprendre.