LETTRE IX.
A …
Je n'ai pu répondre à votre lettre comme vous le desiriez; car au moment où je l'ai reçue, j'ai cru que tous mes projets étoient pour long-temps réduits en cendre, ou, pour mieux dire, évaporés en fumée.—Il n'y avoit pas une demi-heure qu'un messager, monté sur un cheval essoufflé, venoit de m'apprendre que la maison presbytérale de — étoit en feu, et qu'elle brûloit comme un tas de fagots. Tandis que je me préparois à revoir ma maison déjà brûlée, votre lettre est arrivée fort à propos: elle m'a bien consolé sur la route, car j'y vois, à n'en pouvoir douter, que s'il ne me restoit plus de gîte, ni de guenille pour couvrir mon corps, je serois sûr de trouver chez vous un asile et une chemise blanche par-dessus le marché.
Enfin, par la négligence de mon vicaire, de sa femme, ou de quelqu'un des leurs, il faut que je tire une maison de mon gousset.—Ce que je dis est à la lettre, car il faut que je rebâtisse le presbytère à mes frais: autrement l'église d'York, de qui je le tiens originairement, seroit obligée de le faire; et en bonne raison, cela ne doit pas être. C'est une perte pour moi d'environ deux cents livres, outre ma bibliothèque, etc. etc.—Maintenant vous voilà tranquille sur l'emploi que je pourrois faire du produit de mes sermons.—Quand vous me témoignâtes vos inquiétudes à cet égard, je vous dis que quelque diable d'accident y mettroit bon ordre: en effet, il m'en pendoit un à l'oreille dont je ne parlai point. Il n'est pas survenu, ni rien qui lui ressemble;—mais il peut encore arriver, car j'en sais quelque chose; et alors c'en est fait de mon fief sermonaire.
Je crains bien à présent qu'il ne faille écrire la plus grande partie de ces sermons dans la maison brûlée, et les débiter plus d'une fois dans l'église à qui elle appartient. Leur produit servira pour un objet qui ne m'étoit jamais venu dans l'idée: mais tel est le train de ce monde. C'est ainsi que les choses y sont cousues—ou plutôt décousues, car je commence à douter que, l'hiver prochain, nous puissions voir le gladiateur mourant. Ce qui m'affecte le plus dans tout ceci, c'est l'étrange conduite de mon pauvre vicaire: ce n'est pas que je prétende qu'il ait mis le feu à la maison; Dieu sait que je n'en accuse ni lui ni personne; mais la chose étoit à peine arrivée, qu'il a fui comme Paul à Tarse, dans la crainte de quelque poursuite de ma part.
Je suis grièvement blessé de voir que ce malheureux homme ait pu me supposer capable d'ajouter à ses infortunes, car à travers toutes mes erreurs et mes folies, je ne crois pas, dans aucune période de ma vie, avoir rien fait qui puisse autoriser l'ombre d'une pareille supposition.—D'ailleurs il m'enlève toute la consolation que je pouvois tirer de cet accident; c'est-à-dire, que puisqu'il avoit plu au ciel de le priver d'une habitation, j'aurois eu le plaisir de recueillir dans une autre lui, sa femme, et son enfant.—Je pense que c'eût été dans celle où j'aurois vécu moi-même. Enfin celui qui lit dans mon cœur et qui me jugera sur mes pensées les plus secrettes, celui-là, dis-je, sait que le frisson ne m'a saisi qu'au moment où l'on m'a dit que la crainte de ma colère avoit fait prendre la fuite à ce pauvre imbécille.
La famille de C… a pour moi des bontés outre mesure: elle en a toujours usé de cette manière à mon égard. Ce sont de ces sortes de gens que vous aimeriez à la folie, et je compte bien vous présenter chez eux avant la fin de l'été; mais, si j'ai bonne mémoire, il me semble que vous connoissez déjà la charmante fille de la maison: eh bien! le reste, quoiqu'avec moins de jeunesse, ou moins de beauté, est tout aussi aimable qu'elle.—Ne pouvant vous laisser sur un meilleur sujet de méditation, etc. je vais prendre congé de vous. Puisse le ciel vous bénir! Sous peu de jours vous entendrez parler encore de,
Votre fidèle et affectionné.
Je vous écris ceci d'York où vous pourrez m'adresser votre réponse.