Je travaille à faire deux autres volumes pour amuser, et, comme je l'espère aussi, pour instruire le monde mélancolique et podagre;—j'y déclare solennellement que mon attachement pour des amis tels que vous est le seul motif qui me fasse désirer de me survivre; mais peut-être est-ce par cette vanité que mon amour-propre ne me permet pas de nommer stérile; cette vanité, dis-je, qui veut qu'après avoir tressé une couronne pour ma petite gloriole, je finisse encore par y ajouter quelques feuilles.

Venez donc: que je puisse vous lire les pages à mesure qu'elles tomberont de ma plume; et soyez le Mentor de Tristram comme vous l'avez été d'Yorick.—A tout événement,—je suis sûr que vous n'irez point à York sans passer chez moi: mon triomphe sera complet sur lady Lepel, etc. si je puis vous arracher un mois entier au brillant centre d'attraction qui vous entraîne si naturellement. Sur ce, Dieu vous bénisse, et croyez que je suis avec toute la sincérité possible,

Votre très-affectionné, etc.

LETTRE XIX.

A …

Bischopthort, vendredi soir.

Je n'ai vu qu'un moment la charmante madame Vesey; elle n'en a pas moins essayé de me tourner la tête avec sa belle voix et ses mille autres grâces: quoique casuiste, je ne déciderai point sur quelles raisons elle pourroit justifier une pareille tentative; je ne le demanderai pas non plus à mon bon ami l'Archevêque; car c'est de sa maison où me retient sa bonté hospitalière, que je vous adresse cette lettre.

Je regrette cependant les tours que nous faisions ensemble dans Renelagh lorsqu'il étoit désert: c'est précisément dans cet état qu'il me plaisoit le mieux, parce qu'à chaque sensation délicieuse, il nous étoit libre d'oublier qu'il y eût dans la salle d'autres personnes—que nous.

Vous m'entendez assez, j'en suis sûr, quand je parle de ce sentiment exquis de la perfection du beau sexe;—mais je pense que c'est surtout lorsqu'une femme est assise ou marche à votre côté,—et qu'elle est tellement maîtresse de toutes vos facultés, qu'il semble qu'il n'y ait que vous deux dans l'univers;—lorsque vos deux cœurs étant parfaitement à l'unisson, ou pour mieux dire dans une harmonie complète, rendent les mêmes accords,—poussent les fleurs de l'esprit et du sentiment sur une même tige.

Ces heures délicieuses,—que les cœurs tendres et vertueux savent extraire des saisons mélancoliques de la vie, forment un ample correctif aux peines et aux troubles que les plus heureux d'entre nous sont condamnés à souffrir.—Elles versent le jour le plus brillant sur un triste paysage, et forment une espèce de refuge contre le vent et la tempête.