Dans tous les cas, je me régalerai de mon buste lorsque j'irai à Rome, pourvu toutefois que Nollekens ne me fasse pas une demande incompatible avec l'état de mes finances. La statue que vous admirez tant, et qui décore le monument de mon aïeul l'Archevêque, à la cathédrale d'York; cette statue, dis-je, m'a, je crois, fait naître la fantaisie d'avoir la mienne. Ce morceau de marbre, que ma vanité,—car souffrez, s'il vous plaît, que je mette cela sur son compte,—que ma vanité me destine, la main de l'amitié pourra le placer sur ma tombe, et peut-être sera-ce la vôtre.—En voilà bien sur ce chapitre.

Mais je suis né pour les digressions: je vous dirai donc, sans autre préambule, et après avoir bien réfléchi, que lord … est d'un caractère bas et rampant. S'il n'étoit que fou, je dirois—ayez pitié de lui: mais il a justement assez d'esprit pour être responsable de ses actions, et pas assez pour reconnoître la supériorité de ce qui est véritablement grand sur ce qui est petit.—Si jamais il s'élève à quelque chose de bon et d'honnête, je consens que de mon vivant et même après ma mort, on m'accuse de trafiquer du scandale, et d'être un méchant homme; mais n'en parlons plus, je vous prie.—Il est temps que je vous quitte pour me rendre dans un endroit où je devrois être depuis une heure.—Dieu vous bénisse donc, et croyez-moi pour la vie,

Très-cordialement, votre, etc.

LETTRE XXIII.

A …

Lundi matin!

L'histoire, mon cher ami, qu'on vous a débitée comme très-authentique, est absolument fausse, ainsi que bien d'autres. Je n'ai jamais eu de démêlé avec M. Hume—c'est-à-dire, de dispute sérieuse qui sentît l'emportement ou la colère.—En effet, on m'étonneroit fort, si l'on me disoit que David (Hume) se fût jamais pris de querelle avec quelqu'un; et si j'étois forcé d'en convenir, rien ne pourroit me déterminer à croire que le tort ne fût pas du côté de son adversaire car de ma vie, je n'ai rencontré d'homme plus poli ni plus doux. S'il a fait des prosélytes par son scepticisme, il l'a dû plutôt à l'aimable tournure de son caractère, qu'à la subtilité de sa logique.—Comptez là-dessus: c'est un fait.

Je me souviens bien que nous plaisantâmes un peu à la table de lord Hertford à Paris; mais de part et d'autre, il n'y eut rien qui ne portât l'empreinte de la bienveillance et de l'urbanité.—J'avois prêché le même jour à la chapelle de l'ambassadeur: David voulut faire un peu la guerre au prédicateur; le prédicateur, de son côté, n'étoit pas fâché de rire avec l'infidèle; nous rîmes effectivement un peu l'un et l'autre, toute la société rit avec nous;—et quoi qu'en dise votre conteur, il n'étoit sûrement pas présent à cette scène.

Il n'y a pas plus de vérité dans le récit qui me fait prêcher un sermon injurieux pour l'ambassadeur dans la chapelle même de son excellence; car lord Hertford me fit l'honneur de m'en remercier à plusieurs reprises. Il y avoit, je l'avoue, un peu d'inconvenance dans le texte; et c'est tout ce que votre narrateur peut avoir entendu de propre à justifier son récit.—S'il s'endormit immédiatement après que je l'eus prononcé,—je lui pardonne. Voici le fait:

Lord Hertford venoit de prendre et de meubler un hôtel magnifique; et comme à Paris la moindre chose produit un engouement passager, il étoit de mode dans ce moment-là de visiter le nouvel hôtel de l'ambassadeur d'Angleterre.—Personne n'y manquoit:—ce fut, pendant quinze jours au moins, l'objet de la curiosité, de l'amusement et de la conversation de tous les cercles polis de la capitale.