Notre Seigneur tel est, tel le confesse :
En cette foy je veux vivre et mourir.
La si douce ballade où Villon mit toute son âme donne la floraison suprême de l'art gothique. Arnould de Gréban a tenté d'exprimer cette religion de la France médiévale dans un poème de composition imparfaite et maladroite, mais qui, filtré, décanté, réduit aux proportions d'une tragédie ordinaire par les jeunes collaborateurs de l'antique chanoine, s'adapte aux exigences du théâtre moderne. Les Confrères de la passion représentèrent jusqu'à la fin du XVIe siècle, malgré l'opposition du Parlement et les scrupules des réformés, quelques-uns des mystères laissés par les vieux maîtres. Mais celui d'Arnould fut le dernier qu'on ait écrit. La représentation de Valenciennes fut, peut-on dire, contemporaine de la Renaissance. La Pléiade allait imposer à la France, avec sa rude pédanterie, un sens nouveau de la Beauté. Les esprits cultivés parlent, désormais, grec et latin. Et Rabelais, qui n'est exempt ni de l'un ni de l'autre, berne avec ampleur ce parfait élève de Ronsard, l'écolier limosin. L'architecture nouvelle fait oublier la « folle cathédrale », comme le poète de Cassandre fait oublier Villon. C'est le crépuscule du Gothique, l'aurore de la Renaissance.
Donc voici, dernière goutte de ce vin léger, un peu âpre, mais cordial, que versaient aux simples âmes d'autrefois les surannés dramatistes du théâtre édifiant. Il peut sembler doux encore d'en goûter le breuvage, breuvage qui, dans la nuit du passé, revigora tout un peuple d'aïeux. Voici l'autel d'où s'exhala jadis leur âme enfantine, et passionnée. Heureux qui put croire à cette humble et forte poésie, exprimer dans ces rimes incertaines et ces dialogues maladroits l'amour des petits, l'espérance des pauvres, l'invincible foi que les peuples d'Occident gardent à l'Idéal sans défaillance ni regret.
ACHEVÉ D'IMPRIMER
le quinze novembre mil neuf cent dix-neuf par
BUSSIÈRE
A SAINT-AMAND (CHER)
pour le compte de
A. MESSEIN
éditeur
19, QUAI SAINT-MICHEL, 19
PARIS (Ve)