Elle tendit sa droite et l'ouvrit en silence,

Et je vis dans sa main l'étoile du matin.

Les larmes ne sont plus, dorénavant, un signe de bassesse ou de pusillanimité, mais — comme l'a dit Renan — la libation du cœur, le sang incolore de l'âme, l'hostie éternelle d'espérance et de propitiation.

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Le Romantisme, réaction idéaliste et chrétienne contre la sécheresse de la littérature impériale, fut une grande école de mélancolie. En 1802, Chateaubriand, avec Le Génie du Christianisme, et, cinq ans plus tard, avec Les Martyrs, fait entendre à la vieille Europe les cris de son âme orgueilleuse et dolente. Il revient de pays lointains et magnifiques. Sous les chênes et les tulipiers de la Floride, près des lacs aux froides eaux, il a promené sa langueur et son amertume. Au hurlement des cataractes, au fracas des rapides, au silence de la prairie, il a mêlé ses cris d'angoisse. Il a gémi dans la savane, abrité sous la tente fumeuse du Sachem la tristesse incurable de René. Ce fut un grand poète, mais qui ne s'exprimait point en vers.

Lamartine, donc, plus jeune que Chateaubriand de vingt-deux années, ouvre le siècle XIXe. Cette tristesse marque le grand cycle de la poésie individuelle, que Verlaine et Baudelaire ont fermé, depuis, avec une splendeur sans égale.

Une Méditation de Lamartine, un sonnet de Verlaine, marqueront le point de départ et le terme de cette évolution. Lamartine, imbu de christianisme, a, dans Le Crucifix, manifesté ses dons les plus heureux : noblesse, harmonie, émotion, charme et grandeur virgiliennes, avec une concentration qui ne lui est pas habituelle : c'est, à coup sûr, un des plus beaux poèmes de la langue française.

En regard de cette élégie, si purement classique et belle, voici, non moins pénétrants, non moins émus, non moins douloureux, quatorze vers de Paul Verlaine.

Ici, plus de rhétorique, ni de développement. La passion y parle toute pure, comme dans la chanson d'Alceste, et frappe droit au cœur :

Et j'ai revu l'enfant unique : il m'a semblé