Avec les indigènes, croupiers, logeurs en garnis, marchands d’eaux tièdes, et autres infirmes à qui l’on montrera leur béjaune, nous sacrifierons de quelques pinchenettes les touristes idiots, les baigneurs incongrus. Une fois au moins « la Reine des Pyrénées » à croppetons sur sa cagnotte, humera ce vase et quoi qu’elle en tienne, exhibera ses parfums.
Les goîtreux folâtres ou pontifiants : crétins politiques, noblesse de comptoir, gouines parvenues, cette mont-joie de faux dandies qui, par Bigorre, épanouit ses truandes élégances, obtiendront une vitrine élue, en notre musée d’horreurs.
De ce que peuvent furibonder à nos chausses les veillaques époussetés, nous ne daignons avoir souci. Grognements de porcs, abois de roquets ou sifflets de vipères, cela ne nous chault plus qu’une guigne, et même il est pour nous complaire, qu’un peu de huée, contre-pointe l’honnêteté de nos propos.
Des pseudonymes transparents (de gaze et de barèges aérien), des pseudonymes vêtiront les syllabes répugnantes, par quoi furent immatriculés aux registres sociaux les algonquins à dégourdir nos épigrammes.
Savonnette précieuse et qui permet de ne s’écorcher point le galoubet devant la ménagerie bigourdane.
LAURENT TAILHADE.
I
VILLES D’EAUX
(Bagnères de Bigorre)
De tous les fumiers propres à réchauffer le goût de la prostitution, à gonfler d’une sève fécale les ventres arrondis en citrouilles devant le dieu Cent-Sous, de tous les pourrissoirs où la dignité se vertdegrise, où l’intellect se désagrège en des pensers de batracien, il n’en est point que je sache de plus méphitique, de plus nauséabond que les tannières généralement connues sous l’appellation humide : Villes d’Eaux. Pour la copulation du crétinisme avec la filouterie, pour l’embrassement des pantalons et des sycophantes, ce sont bocages d’élection, ces choses plantées sur la montagne ou déposées au fil des grèves.