Sponte favos, ægre spiculum,

De grand cœur les rayons, à regret la blessure.

Pour un homme aussi acariâtre, c'était là, peut-on dire, un programme bien melliflu.

Les abeilles du manteau impérial ont inspiré à l'auteur des Châtiments l'un de ces morceaux à la fois sublimes et cocasses qui justifient le surnom de «Jocrisse à Pathmos» dont Barbey d'Aurevilly l'avait gratifié. Quand on relit, après cinquante ans, ses invectives contre Napoléon III, qui fut un homme de cœur et le modèle des gentlemen, on comprend quelle déchéance frappe l'artiste quand il quitte son pur domaine, descend parmi les rumeurs de la place publique, pour y mêler sa voix aux cris de la plèbe immonde et fraterniser avec les tueurs de dieux.

Ainsi les abeilles nourricières délectent les hommes de leur miel, de leur sagesse et de leur beauté. Ces guerrières symbolisent les arts de la paix, le culte du foyer. Elles montrent l'exemple des plus hautes vertus. Elles enseignent à l'homme le travail et le désintéressement, la concorde et la frugalité. Elles proposent à son humeur inquiète leur fidèle attachement à la règle des aïeux.

Pour accoiter la douleur inévitable, pour expliquer notre raison d'être, nous conformer à la Loi du Monde, pour, sans amertume, accepter la vieillesse et la mort, elles apprennent à l'individu que le meilleur stratagème est de vouer ses jours à quelque sublime entreprise, d'aimer en dehors de soi-même et, pour une œuvre collective, de rechercher dans son existence éphémère un principe d'immortalité.

At genus immortale manet multosque per annos

Stat fortuna domus et avi numerantur avorum.

21 février 1907.

Imp. Noël Texier. La Rochelle