Je vis entrer Alexandre. Il tendait sa boîte à l’homme qui coupa les ficelles et tira, du coton qui l’enveloppait, un petit Bacchus d’ivoire. Du plat de sa main velue, il caressait la statuette, comme un voluptueux caresse l’épaule bien potelée d’une maîtresse.

Lorsqu’il se leva, Alexandre prit congé, mais il s’égara sans doute dans les couloirs, car il fut un assez long moment sans paraître.

C’est alors que j’eus la révélation de la femme.

Une grande fille entra, blonde, élancée, robuste et nue. Elle n’avait aux pieds que des sandales retenues aux chevilles par des bandelettes dorées, et un peigne d’écaille à son chignon.

Dans les clartés adoucies et tranquilles de l’immense salon plein de livres, de marbres et de miroirs, elle allait sans gêne, habituée certainement à vivre ainsi. Elle s’assit, croisa ses longues jambes blanches et prit le petit Bacchus pour l’examiner. Puis, elle arrangea sa coiffure dans une glace et, me tournant le dos, quitta le salon, les bras arrondis sur sa tête et pareille à une grande amphore d’albâtre. Je ne racontai pas cela à mon ami, et j’appris ensuite que cet homme était un singulier original, vivant seul avec cette femme nue, dans ce château où personne ne venait jamais.

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Elle existe!... Ah! la chose n’a pas été commode... J’ai ouvert la boîte dans l’ombre, j’ai développé la toile sur mon lit, mais avant de lui donner la vie avec ce qui me reste de souffle, je l’ai habillée d’un peignoir de soie chinoise, j’ai mis des bas à ses jambes plates et je l’ai chaussée, comme j’ai pu, de mules blanches... Je l’ai vue naître

par degrés... L’étoffe s’est soulevée lentement, un pied s’est brusquement étiré, et son visage clair s’est tourné vers moi avec ses yeux immobiles, étonnés et extasiés. Je l’ai coiffée d’un bonnet de dentelles et je suis resté près d’elle, en lui tenant la main, et je lui ai dit: