Il n’eut pas la présence d’esprit d’imaginer à l’instant la confession auriculaire si utile à ces messieurs. Ce qu’il trouva de mieux, pour éviter à l’avenir pareil scandale, ce fut de permettre aux fidèles de manger le bon Dieu sans confession.
Voilà comment la confession publique fut abolie.
Ce sont les moines, les frocards, qui imaginèrent cette petite armoire sombre dans laquelle les coquins et les imbéciles vont vider le baquet de leurs turpitudes, à la grande joie de MM. les calotins.
Les supérieurs de couvents commencèrent, vers le VIIe siècle, à exiger que leurs moines vinssent, deux fois l’an, leur avouer leurs fautes. Ils inventèrent la formule suivante : — « Je t’absous autant que je le peux et que tu en as besoin. » — Plus tard, messieurs les curés eurent des prétentions plus élevées. Ils ne dirent plus : « Je t’absous autant que je le peux » ; ils dirent tout catégoriquement : « Au nom des pouvoirs que m’a délégués Dieu en trois personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, je t’absous. »
Je serais bien curieux — et vous aussi, n’est-ce pas ? — de voir de près ces fameux pouvoirs, et d’examiner simplement la signature du notaire qui en certifie l’authenticité.
Mais les moines ne furent pas aussi exigeants vis-à-vis de leurs abbés. Ils auraient pu dire au Père supérieur : « Mon ami, avant de donner l’absolution aux autres, tâche de te faire absoudre toi-même ; » mais non ! ils aimèrent mieux être confessés et devenir à leur tour confesseurs.
Il est si agréable de savoir les secrets des ménages, de connaître dans leurs plus grands détails les péchés des jeunes filles, — et encore les confesseurs qui s’en tiennent là ne sont pas les plus dangereux. Ils sont des indiscrets, et voilà tout ; mais au fond des confessionnaux il n’y a pas toujours que des indiscrets. Le plus souvent ces antres de la superstition renferment des exploiteurs du crime et des séducteurs obscènes.
Le R. P. Martène, un bénédictin qui vivait au commencement du XVIIIe siècle, raconte, dans un livre intitulé les Rites de l’Église, que Mmes les abbesses confessèrent pendant très longtemps leurs religieuses ; seulement, il paraît que ces abbesses étaient excessivement curieuses ; elles furent même si curieuses que l’on fut obligé de leur retirer ce droit. — Pourquoi ne l’ôte-t-on pas aux confesseurs curieux ? — Il y en a ! il y en a !
Ceux qui conseillent à une femme de faire… jeûner son mari le mercredi, sous prétexte que ce jour-là est consacré à la sainte Vierge ; — ceux qui conseillent à madame de faire tout à fait jeûner monsieur sous prétexte que monsieur ne va pas à la messe, ou qu’il refuse de croire à l’infaillibilité du pape ; — ceux qui conseillent à un jeune homme sans vocation de se faire prêtre, parce qu’il faut quand même des recrues au clergé ; — ceux qui éveillent le tempérament d’une petite fille par des questions qui lui apprennent ce qu’elle ne doit pas encore savoir ; ceux-là ne sont pas seulement des indiscrets ; ils sont plus coupables, et, comme tels, ils sont très répréhensibles. — Et il y en a beaucoup comme cela !
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