Cet insulteur n’ayant aucun motif ni même aucun prétexte de haine personnelle, je fus bien obligé de me ranger à l’opinion de mes amis, savoir : que je me trouvais en présence d’un émissaire secrètement stipendié par les disciples de Loyola.

Je m’informai encore.

Ce que j’appris alors m’édifia tout à fait. — Le misérable appartenait à la Société de Saint-Vincent-de-Paul ; il en avait été pendant quatre ans secrétaire ; tout récemment même, il venait de se marier d’une façon bien religieuse à l’église de la Trinité. Et ce qui démontrait à quel point était habile cet agent des Révérends Pères, c’est qu’au moment précis où il se mariait à l’église il s’était fait recevoir de plusieurs sociétés de libre-pensée et donnait des conférences anti-cléricales, dans lesquelles il prêchait aux autres le mariage civil.

Ce misérable, monsieur, c’était vous.

Depuis, vous avez fait du chemin, et vous n’êtes certes pas arrivé encore au but où vous prétendez atteindre.

Vous êtes ambitieux et d’une astuce rare.

Vous avez réussi à capter la confiance de quelques républicains naïfs, et en même temps vous êtes soutenu par les cléricaux qui n’ont même pas la pudeur de mettre une sourdine à leurs éloges. L’Univers et le Figaro vous prédisent avec joie le plus brillant avenir. De la part du Figaro, cela n’a rien d’étonnant, puisque vous collaborez à cette feuille monarchiste, — tout en écrivant aussi, il faut bien le dire, dans la démocratique Justice ; — mais ce qui doit plus surprendre, c’est que l’organe de M. Louis Veuillot s’oublie à vous donner ostensiblement son appui.

Quoi qu’il en soit, vous irez loin. Je ne fais aucune difficulté à le reconnaître, je crois à votre étoile. Combien de fortunes politiques ont été édifiées sur l’hypocrisie !… Or, en la science de la duplicité vous êtes passé maître… Je n’ai pas la moindre illusion à ce sujet : au sortir de l’église de la Trinité vous agitez le drapeau rouge et vous vous proclamez anarchiste ; il faut être aveugle pour ne pas voir votre jeu.

Pour conclure, je vous dédie ce livre.

Vous avez écrit quelque part, — dans la Justice, à moins que ce ne soit dans le Figaro, — que je suis un écrivain pornographe.