« … Monseigneur expose ensuite le Fait de la Salette… Il distingue avec soin le Message public et le Message secret. Les enfants reçurent l’ordre et la mission de « faire passer le premier à tout le peuple de Marie », c’est-à-dire au monde entier (ce que la haine n’a pas permis) ; le second n’était destiné qu’aux Bergers eux-mêmes (Démenti épiscopal à la Sainte Vierge qui avait dit à Mélanie : Vous pourrez le publier en 1858) qui, parfaitement conscients de cette distinction nécessaire (?) et toujours prêts à redire le Discours de la Belle Dame, ne consentirent, après cinq ans de silence et de réserve absolue, à révéler leurs Secrets qu’au Pape seul. A ce propos, Sa Grandeur met en garde les fidèles contre tous les écrits et commentaires fantaisistes qui circulent et prétendent reproduire le « Secret de Mélanie ». (Reproduction bénie par Pie IX, approuvée par plusieurs évêques, encouragée, 25 ans, par le silence de Léon XIII. Mais cela ne suffit à aucun évêque de Grenoble.) Encore une fois, le Pape seul a pris connaissance de ce secret en 1851 ; et rien ne prouve (!!!) que les élucubrations publiées récemment soient conformes au texte primitif… L’Évêque de Grenoble attend que Rome ait parlé. (Toujours même tactique du Démon. Si Rome parlait, on lui répondrait comme Fava : « Prouvez-moi que vous avez raison. »)
Annales de Notre-Dame de la Salette, août 1907.
Le jour même de sa prise de possession, cet évêque de Grenoble — de Grenoble ! — disait : « A cette heure, la difficulté n’est pas de faire son devoir, mais de savoir où il est. » Parole que reprenait l’évêque d’Orléans, le 26 août 1902, à Notre-Dame de la Délivrance : « Il est toujours facile de faire son devoir, il est plus difficile de le connaître. » Une analogie fera comprendre l’énormité de cette reculade.
En mars 1814, la France, piétinée, violée, dévorée par six cent mille soldats étrangers, allait être délivrée par Napoléon. Une stratégie divine, à laquelle peuvent être comparés seulement les plus grands prodiges d’Annibal, allait tout sauver. L’atroce Blücher était entre les deux mâchoires de l’étau où l’homme d’Iéna et de Montmirail allait broyer ses soixante mille Prussiens. Par la volonté de Dieu, le manque de volonté d’un seul homme fit manquer la plus belle de toutes les victoires.
Ce général Moreau, ce désolant capitulard de Soissons, n’était pourtant pas une âme vendue, ni un soldat sans courage, on l’a dit du moins. C’était simplement un médiocre, un imbécile sans résolution ni fierté, qui pensa qu’il y avait mieux que d’obéir, et dont la vile prudence fut un arrêt de mort pour des multitudes. Celui-là, aussi, se demanda où était son devoir, oubliant la consigne qu’il n’avait qu’à exécuter rigoureusement, dans les termes de l’Ordonnance sur le service des places de guerre, c’est-à-dire « en épuisant tous les moyens de défense, en restant sourd aux nouvelles communiquées par l’ennemi et en résistant à ses insinuations comme à ses attaques. » Le décret impérial de 1811 portait cette instruction quasi prophétique : « Le gouverneur d’une place de guerre doit se souvenir qu’il défend l’un des boulevards de notre royaume, l’un des points d’appui de nos armées et que sa reddition, avancée ou retardée d’un seul jour, peut être de la plus grande conséquence pour la défense de l’État et le salut de l’armée. » « Quand un soldat commence à se demander où est son devoir, dit à ce propos, l’excellent historien Henry Houssaye, il est bien près de n’écouter plus que son intérêt. »
La Salette est probablement le dernier boulevard du Christianisme, et voilà quarante ans que cette forteresse capitule !
XIX
Sacerdoce profitable. Vanité des œuvres en pleine désobéissance. Châtiments. Ténèbres.
Le secret de l’hostilité sacerdotale contre le Secret de Mélanie, c’est qu’il faudrait, l’acceptant, renoncer au sacerdoce profitable, dire adieu au casuel, aux tarifs, aux classes, à l’exécrable son de l’argent dans les églises. En supposant même un clergé d’une pureté de mœurs admirable, où est le prêtre qui oserait déclarer un degré quelconque d’horreur pour ce trafic des « vendeurs de colombes » et des « changeurs », dans la Maison du Père ainsi transformée en une « caverne de brigands » ? Car telle est la précision du Texte évangélique. Où est le curé de paroisse qui oserait donner aux Amis de Dieu, aux va-nu-pieds qui lui sont si chers, la première place, en reléguant les riches, avec leurs prie-Dieu capitonnés, au bas de l’église, le plus loin possible de l’autel ? Sancta sanctis, non canibus. Cet audacieux serait aussitôt dénoncé par tous ses confrères et sévèrement blâmé par l’autorité diocésaine[43].
[43] Les prie-Dieu capitonnés. Prévarication dénoncée par saint Jacques, II, 2, 3, 4.
Il s’agit bien de chérir la pauvreté et l’humiliation ! La lettre de l’Évangile n’engage personne. Elle pouvait convenir aux premiers Apôtres ou à quelques moines poussiéreux du onzième siècle ; elle ne vaut rien pour des sulpiciens que l’esprit a vivifiés et qui sont forcés d’aller dans le monde. Puis il est toujours facile de tourner en conseil de perfection le précepte vraiment excessif de tout haïr, de tout quitter, de tout vendre, pour devenir les disciples et les compagnons de Jésus-Christ.