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«On sait que je n'ai pas l'âme ouverte à de bien enivrants espoirs, et que je n'attends aucune propre chose d'un avenir même éloigné.

«Pourtant, s'il nous venait une seule minute d'énergie et de généreuse révolte contre l'effroyable vermine qui nous dévore, il me semble qu'on la devrait employer, cette bienheureuse minute, à l'expulsion immédiate de ce Prussien de malheur, qui nous empoisonne, qui nous souille, qui nous conchie à son plaisir; qui ose se permettre de nous moraliser et de nous juger;—comme si ce n'était pas assez de la rage d'avoir été vaincu et piétiné par un million d'hommes, et qu'il nous fallût encore avaler la suprême honte d'être opprimé, par cette vieille SALOPE, sans esprit, ni cœur, ni sexe, ni conscience, plus pestilentielle, en sa personne, que les croupissants détritus de tout un peuple en putréfaction!

«S'il arrive enfin, le trois fois désirable hoquet du dégoût sauveur, il faudra se jeter sur les balais, sur les pelles, sur les chenêts, sur les fouets et les fléaux, sur tout objet propre à l'extirpation d'un vénéneux malfaiteur, et rejeter par-dessus la frontière,—avec d'irrémédiables malédictions,—cette vomissure allemande, cette ordure de l'ennemi, cette ineffable monstruosité physiologique et morale, qu'un siècle de gloire ne nous absoudrait pas d'avoir supportée!»

LXVII

Une misère plus noire que jamais s'abattit, alors, rue des Fourneaux et, pour que rien ne manquât aux affres d'agonie mortelle qui allaient commencer, Leverdier disparut brusquement de la vie de Marchenoir.

Cet être sublime, voyant l'imminence et l'énormité du péril, se détermina, sans avertir, à vendre le mobilier peu considérable et la collection de livres qu'il possédait et,—après avoir donné l'argent à son ami,—à s'en aller vivre à la campagne, au fond de la Bourgogne, chez une vieille tante qui le réclamait depuis des années.

Cette parente lui gardait une petite fortune dont il était l'unique héritier, et Leverdier serait à son aise un jour. Mais elle n'entendait pas lui envoyer d'argent pour le faire subsister à Paris, lui déclarant, sans cesse, qu'elle tenait à l'avoir auprès d'elle pour lui fermer les yeux, et, qu'en Bourgogne, il vivrait plantureusement, dans la maison qui devait lui appartenir après sa mort, comme s'il en était déjà le maître absolu.

Leverdier calcula qu'il serait ainsi plus utile à Marchenoir et qu'il pourrait aisément lui envoyer, tous les mois, un secours d'argent qui l'empêcherait toujours bien de crever de faim.

Lorsque ce dernier apprit l'héroïque décision de son mamelouck, elle était irrévocable. Leverdier avait tout vendu et déposait sur la table du malheureux les quelques centaines de francs qu'il avait recueillis.