Marchenoir jeta un regard de désolation infinie sur l'image de son Christ, et deux larmes, les dernières, sortirent de ses yeux et roulèrent avec lenteur sur ses joues déjà froides, comme si elles eussent craint de s'y glacer.
Que se passa-t-il dans cette âme abandonnée? Entendit-elle, comme il est raconté de tant d'autres, ces Voix cruelles de l'agonie, qui parlent aux mourants du mal qu'ils ont fait et du bien qu'ils auraient pu faire? Dut-elle subir le spectacle, illustré par les vieilles estampes, du combat des mauvais et des bons esprits acharnés à sa déplorable conquête? Les morts, qui l'avaient précédée dans ce passage, lui apparurent-ils plus sensiblement que dans les rêves de sa forte vie, pour la désoler de leurs annonces d'une sentence effroyablement incertaine? Ou bien, de paniques images, lancées, autrefois, par le pamphlétaire, sur un monde détesté, revinrent-elles, pour l'obscurcir, à ce lit de mort où se tarissait leur source?… Enfin, le Christ Jésus, resplendissant de lumière et environné de sa multitude céleste, voulut-il descendre à la place d'un de ses prêtres, vers cet être exceptionnel qui avait tant désiré sa gloire et qui l'avait cherché Lui-même, toute sa vie, parmi les pauvres et les lamentables?…
—Tiens! il a passé, ce pauvre monsieur, dit la concierge en entrant, un seau de charbon à la main. Ce n'est pas trop tôt, tout de même, quand on souffre tant!… L'église voisine sonnait l'angélus de la fin du jour.
Leverdier arriva à onze heures du soir.