Il est donc bien démontré que rien n'est à faire, et, considérant ce que Dieu supporte, il convient, assurément, à des âmes religieuses de se demander une bonne fois, sans présomption ni rage imbécile et face à face avec les Ténèbres, si quelque mystère infiniment adorable ne se cache pas, après tout, sous les espèces de l'ignominie sans rivale du Peuple Orphelin condamné dans toutes les assises de l'Espérance, mais qui, peut-être, au jour marqué, ne sera pas trouvé sans pourvoi.
IX
Patience! Écoutez ceci, vous, les pauvres gens pour qui Jésus a voulu souffrir.
Si quelque fanatique de ma prose pouvait un jour être suscité, le malheureux dénicherait peut-être, avec le secours du ciel, les lignes suivantes, aussi parfaitement ignorées, j'imagine, que la page citée plus haut :
« On a fort écrit sur l'argent. Les politiques, les économistes, les moralistes, les psychologues et les mystagogues s'y sont épuisés. Mais je ne remarque pas qu'aucun d'eux ait jamais exprimé la sensation de mystère que dégage ce mot étonnant.
« L'exégèse biblique a relevé cette particularité notable que, dans les Livres sacrés, le mot Argent est synonyme et figuratif de la vivante Parole de Dieu.[6] D'où découle cette conséquence que les Juifs dépositaires anciens de cette Parole, qu'ils ont fini par crucifier quand elle est devenue la Chair de l'Homme, en ont retenu, postérieurement à leur déchéance, le simulacre, pour accomplir leur destin et ne pas errer sans vocation sur la terre.
[6] Ps. XI, 7.
« C'est donc en vertu d'un décret divin qu'ils posséderaient, n'importe comment, la plus large part des biens de ce monde. Grande joie pour eux! mais qu'en font-ils? »[7]
[7] Christophe Colomb devant les Taureaux, p. 108.
Ce qu'ils font de l'argent, je vais vous le dire, ils le crucifient.