Avant que tout fût consommé, quand toutes les prophéties anciennes avaient achevé d'engendrer leurs effroyables accomplissements, — lorsqu'après quatre fois mille ans d'humiliation, la Femme est enfin debout, devant l'Arbre de vie, les pieds sur la tête du Serpent et le front dans les douze étoiles, — toute la descendance misérable du premier Désobéissant, magnifiée par ma Compassion, apparut dans la splendeur de mes larmes.
Le Calice d'amertume infinie que Jésus priait son Père d'écarter de lui, sous les oliviers, et qui épouvantait son Ame sacrée jusqu'à la Sueur de sang et jusqu'à l'Agonie, il fallait maintenant le boire de la main de Celle qu'il avait choisie dès le commencement pour être le ministre sans tache de la plus cruelle partie de son Supplice.
Puisqu'il s'était plaint d'avoir soif, il fallait bien qu'il le vidât jusqu'à la dernière goutte, et il ne devait lui être permis d'expirer que lorsque toutes les larmes des générations seraient sorties de ce véritable Calice de son Agonie qui était Mon Cœur!
L'Ange qui l'avait assisté la veille s'était enfui vers le ciel, son Père venait de l'abandonner, la sentence rigoureuse : « Malheur à celui qui est seul », se réalisait en lui d'une manière infinie et sans exemple.
Sa Mère elle-même lui était devenue comme une étrangère, depuis qu'il s'en était dépouillé pour son disciple, avant de demander à boire.
Il était désormais seul à seule et face à face avec Judith, comme un Holopherne cloué dans le lit de sa perdition.[23]
[23] Épître de la messe des Sept Douleurs.
Le soleil déjà s'obscurcissait pour échapper à l'horreur de cette confrontation silencieuse et les morts commençaient à se démener dans leurs sépultures…
— Buvez, mon Fils, — disaient les voix désolées de mon abîme, — buvez ces larmes de tristesse et ces larmes de colère. Le fiel n'avait pas assez d'amertume et le vinaigre n'avait pas assez d'acidité pour éteindre une soif pareille à la vôtre.
Buvez ces larmes d'orphelins, de veuves et d'exilés ;