« Je t'ai repu de manne dans le désert, et tu m'as donné des soufflets et des coups de verges…
« A cause de toi, j'ai frappé les rois des Chananéens, et tu as frappé mon chef d'un roseau…
« Je t'ai donné le sceptre royal, et tu as donné à ma tête une couronne d'épines…
« Que t'ai-je donc fait? ô mon peuple!… Je t'ai exalté en grande force, et tu m'as suspendu à la Croix patibulaire… »[27]
[27] Office du Vendredi Saint. Adoration de la Croix.
Imploration vaine et refus insultant toujours identique. « Il a mis sa confiance en Dieu. Que Dieu le délivre donc maintenant, s'il tient à lui, puisque ce sauveur des autres a prétendu qu'il était son Fils! » La menace de l'écroulement des cieux n'aurait pu leur arracher une autre réponse.
XXIV
La Race anathème fut donc toujours, pour les chrétiens, à la fois un objet d'horreur et l'occasion d'une crainte mystérieuse.
Sans doute, on était le troupeau soumis de la douce et puissante Église, infaillible et indéfectible, au sein de laquelle on était assuré de ne pas périr ; mais on savait bien aussi que le Seigneur n'avait pas tout dit, que sa révélation parabolique ou similitudinaire n'était pénétrable qu'à une faible profondeur…
On sentait là quelque chose qui n'était pas expliqué ; que l'Église elle-même ne connaissait pas tout à fait et qui pouvait être infiniment redoutable.