N'ayant retenu de leur apanage souverain que le Simulacre de la puissance, qui est l'Argent, ce métal infortuné devint une ordure entre leurs griffes d'oiseaux des morts, et ils exigèrent qu'il travaillât pour leur service à l'abrutissement du monde entier.

Dans la crainte que ce serviteur unique ne leur échappât, ils l'enchaînèrent férocement et ils s'enchaînèrent à lui par des chaînes monstrueuses qui faisaient sept fois le tour de leurs cœurs, employant ainsi leur despotisme farouche à se rendre eux-mêmes ses esclaves.

Et l'âme des peuples, à la longue, s'encrassa de leur pestilence.

Puisqu'ils avaient attendu plus de deux mille ans une occasion de crucifier le Verbe de Dieu, ils pouvaient bien attendre encore dix-neuf fois cent ans qu'une explosion colossale de la Désobéissance eût transformé en pourceaux les adorateurs de cette Parole douloureuse, pour qu'au moins le troupeau de l'« Enfant prodigue » ne manquât pas à cet Israël qui avait dissipé sa substance.

Il est, en effet, devenu si complètement ce pasteur!

Les nations chrétiennes renégates, envahies par la lèpre blanche de son sale argent, lui obéissent, et les mercenaires potentats, humblement descendus de leurs vieux trônes, se ventrouillent à ses pieds, dans ses déjections.

Ainsi se trouve accomplie, dans l'absolu de la dérision et du sacrilège, la littérale prophétie du Deutéronome : « Tu prêteras à intérêt à beaucoup de gentils et n'emprunteras d'aucuns. Tu domineras sur plusieurs nations et nul ne dominera sur toi ».[54]

[54] Fœnerabis gentibus multis, et ipse a nullo accipies mutuum. Dominaberis nationibus plurimis, et tui nemo dominabitur. XV, 6.

Ce règne de l'argent qui fait sourciller d'indignation le blanc vicaire de Jésus-Christ et qui m'apparaît, — je crois l'avoir beaucoup dit, — comme un insondable arcane, est tellement accepté de la descendance catholique des sublimes désintéressés du Moyen Age, que ceux qui rêvent l'humiliation des Juifs sont forcés de la demander au nom de leur propre fange vaincue par le cloaque supérieur de ces vermineux étrangers.

Les seuls amants de la Pauvreté, les bons miséreux de la pénitence volontaire, — s'il s'en trouve encore, — auraient peut-être le droit de les détester pour avoir oxydé d'argent le vieil or très-pur des tabernacles vivants de l'Esprit-Saint ; pour avoir ignoblement amalgamé leur âme sordide à l'âme généreuse des nations sans perfidie que les Saints avaient formées, « comme les abeilles forment les rayons de leur miel » ; enfin et surtout, pour avoir, — au mépris des Normes éternelles et par le moyen d'une effroyable dilatation de l'Envie, — suggéré, parmi les peuples chrétiens, la substitution aux Commandements du Seigneur des fratricides commandements du Mauvais Pauvre.