As-tu bien songé, mon très doux ange de lumière, que tu auras un enfant malade à soigner, que j’ai l’âme criblée de blessures et que bien souvent tu me verras triste…

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J’ai été aimé pourtant, grandement aimé jusqu’à la mort, par une pauvre femme qui s’est complètement donnée à moi. Je ne puis y penser sans être navré de pitié, car je ne l’aimais pas, quoique elle fût assez belle. J’ai vu clairement alors ce que c’est que l’âme humaine et combien nous devons peu compter sur notre corps quand il veut, à lui seul, nous rendre heureux.

Il est étrange, ma très pure amie, que je vous écrive ces choses. Mais j’ai fini et je n’y reviendrai plus. Il fallait que rien de moi ne te fût inconnu. Je t’aime, Jeanne, de toutes les façons imaginables, c’est à dire comme une épouse chrétienne doit être aimée de son mari et j’éprouvais le besoin de te le dire, pour que tu sois bien assurée que je serai pour toi un véritable époux et que tu réalises vraiment pour moi l’idéal, comme tu me le disais toi-même l’autre jour, en t’adressant à moi.

A dimanche donc, chez Mlle X…, en attendant que tu aies fait ton déménagement et que tu puisses venir chez moi, déjeuner ou dîner.

Que je serai heureux le jour où tu pourras me donner une journée entière, ma chérie !

Je t’envoie mille baisers et je suis à toi, devant Dieu, complètement et pour toujours.

Ton Léon.

P. S. — Dimanche, apporte-moi, chez Mlle X…, le manuscrit de mon article Le fumier du lys. J’en aurai besoin.

En attendant, envoie un mot de tendresse à ton ami qui meurt d’amour pour toi.