N’oublie pas d’aller entendre la grande messe des Morts, le 2 novembre, dans une grande église, à Saint-Germain-des-Prés ou à Saint-Roch.
Je te recommande le chant sublime, surhumain du Dies iræ. C’est, je crois, la plus belle chose qui ait été accordée à l’humanité. Dimanche prochain, j’apporterai pour toi, chez Mlle X…, un livre très bien fait, qui te permettra de suivre en même temps les paroles et la musique.
Il y a dans l’Église catholique une croyance fort touchante, et qui te plaira. C’est que les âmes des morts pour lesquels on prie obtiennent de Dieu le pouvoir de protéger et de secourir temporellement les chrétiens pieux qui leur font cette charité. Tu prieras donc avec confiance en ce jour pour l’âme de ton père et je ne serais pas surpris que ta prière fût récompensée de quelque manière sensible et visible. J’en ai vu des exemples.
Au revoir donc, ma petite femme bien aimée, bien tendrement aimée. Je prends ton cœur et je mets le mien à la place.
Espérons beaucoup.
Je t’envoie mille baisers.
Léon Bloy.
J’ai beaucoup de choses à te dire encore. Ce sera pour une autre fois. Puisque tu dois partager ma vie, je dois te révéler tout ce qui me concerne et j’aurai à te faire une confidence douloureuse qui te fera mieux comprendre ma tristesse habituelle.
Je ne puis fermer ma lettre sans te dire encore une fois que je t’aime, que je t’adore, que tu es ma vie, mon unique amour, ma lumière, mon espérance et ma joie, et que je tomberais peut-être dans le désespoir si je venais à te perdre.
Je te couvre de baisers.