— Allons donc ! il n’y a que les imbéciles qui se brouillent. Franchement, ce n’était pas à moi à me jeter à votre cou.

— Vous avez un vers français qui dit qu’on embrasse les gens, parfois, pour les étouffer.

— En effet, mais il vous arrive, à vous, d’étrangler les femmes, de la façon la plus prosaïque, sans les embrasser.

— Allons ! dit-il, sans rancune. Avouez que vous auriez mis un saint en colère avec vos menaces. Mais ce n’était pas sérieux, n’est-ce pas ?

— Doucement, mon cher lord, on ne me reprendra plus à être franche avec un saint de votre espèce.

— Bah ! nous sommes à une époque où il faut se pardonner ses offenses mutuelles. Vous êtes allée trop souvent à l’église, ces jours-ci, pour n’être pas d’humeur indulgente.

— Qui vous a dit que je suis allée à l’église ? Eh bien, c’est vrai, je ne m’en défends pas. Je suis Bretonne et nous ressemblons un peu, nous autres, aux dames de Madrid. Le Christ dans l’alcôve…

— Et le poignard à la jarretière. Fi ! voilà des assemblages que je n’aime point.

— Avouez que ce n’est pas le Christ qui vous déplaît davantage, tout bon protestant que vous êtes.

— Eh bien, causons du poignard.