Ils montèrent ensemble dans le coupé, à la joyeuse surprise de François, dont les sympathies étaient pour Vieuvicq, et au déplaisir secret de Tom, qui tenait pour Mawbray, en sa qualité de compatriote. Comme le valet de pied attendait les ordres :

— Allez au Bois, ordonna la jeune femme.

— Au Bois ? s’écria Guy ; avec moi ? Vous allez vous compromettre d’une façon terrible.

— Mais point irréparable, je pense ? Allons ! laissez-moi jouir de mon reste et ne commencez pas si tôt à parler raison.

— Ah ! chère, tout ceci ressemble trop à un rêve pour que je raisonne.

Vingt minutes après, vingt minutes bien courtes, Tom prenait la file du milieu dans l’avenue que le retour des courses de Longchamp remplissait d’équipages. Jeanne répondait aux saluts, voyant tout à la fois, en vraie Parisienne : les cavaliers qui passaient, au trot, à sa droite ; les gens qui la croisaient en voiture ; ceux qui revenaient à pied, sur la contre-allée de gauche, le pardessus au bras, la jumelle en sautoir. Parmi ces marcheurs convaincus, se trouvait Javerlhac, qui s’arrêta court, n’en pouvant croire ses yeux.

— Qu’est-ce qui vous prend ? dit l’ami qui l’accompagnait. Qui voyez-vous dans ce coupé ?

— Qui je vois ? fit le Gascon de l’air d’un orateur qui débite à la tribune. Je vois une ambitieuse convertie, un honnête homme aimé pour lui-même, un Anglais qui repasse la Manche et une intrigante obligée de chercher fortune ailleurs. C’est moi qui vais faire mon effet, au cercle, tout à l’heure, avec mon histoire !

— Mais, reprit l’ami, comme je n’y serai pas vous devriez bien me la raconter tout de suite.

— Parfaitement. Tout Paris la connaîtra demain ; vous allez en avoir la primeur.