— Oh ! pardon ! je ne croyais pas être indiscrète. C’est mon grand-père qui en parlait hier. Il ajoutait qu’au lieu d’aller si loin vous pouviez… avec les conseils de quelques amis…
Elle se tut, n’osant parler d’argent à ce grand seigneur qui la tenait sous son regard.
— Monsieur votre grand-père est très bon, dit Vieuvicq, et vous aussi, mademoiselle, je le vois. Ce n’est pas seulement ses conseils que M. de Champberteux songe à m’offrir. Mais les spéculations m’effrayent, surtout quand elles roulent sur l’argent des autres. Voilà pourquoi je préfère aller en Afrique, où je n’expose que moi.
— Vos amis trouveront que c’est déjà beaucoup.
— Je n’ai pas d’amis, mademoiselle.
— Cependant, il y a une femme que j’aime de tout mon cœur et qui parle de vous avec une affection très grande.
— Ah ! vraiment ? fit le jeune homme dont la physionomie changea soudain. Que Dieu l’en récompense ! Mais vous devez savoir, si vous la connaissez bien, qu’elle n’aura pas le temps de s’apercevoir beaucoup de mon absence.
— Il est vrai qu’elle mène une vie agitée. Mais il y a en elle tant d’énergie, de besoin de mouvement, de jeunesse ! Et puis elle n’a aucun devoir qui puisse la fixer. Je suis bien sûre que, quand elle sera mariée, tout changera.
— Pensez-vous que son mariage tarde beaucoup ? demanda Guy en s’appuyant au dossier de son fauteuil.
— Je ne sais que ce que sait tout le monde. Elle est décidée, selon toute apparence, mais je la crois moins pressée que lord Mawbray. Elle aime tant sa liberté !