C’était le marquis de Monguilhem.

Le lendemain, à neuf heures, Vieuvicq était à la grille du Bois, tâchant de deviner, parmi les nombreuses amazones qui descendaient l’avenue, celle qu’il était venu chercher.

Bientôt, il la reconnut de loin aux favoris blancs de son écuyer d’honneur. Elle arrêta Froufrou et tendit la main au jeune homme. Autour du mince poignet, un bracelet singulier, fait de cuir avec une boucle et un ardillon d’or, attira les yeux de Guy.

— Tiens ! vous portez un collier de chien ? fit-il en riant.

— Mais oui. C’est ainsi que cela se nomme.

— Ah ! me voilà tranquille. On saura où vous ramener si vous vous perdez dans Paris. Vous êtes si souvent dehors.

— On ne saura rien du tout. Le collier, Dieu merci ! ne porte pas de nom. Mais regardez-moi. Vous êtes ici pour cela.

Il la regarda. De son col et de son plastron blanc jusqu’au cuir de la selle, Jeanne était moulée dans le tricot lâche du corsage et de la jupe de son costume. On eût dit un maillot de théâtre, sauf que le tissu était de grosse laine et qu’il n’était pas rose, mais bleu foncé. A part cette différence, l’indiscrétion était la même. Une femme devait être parfaite pour affronter ces révélations. Ce jour-là, Guy connut ce que les habitués du Bois savaient depuis longtemps : à savoir, que Jeanne était parfaite. Le buste large, à l’épanouissement hardi mais harmonieux, les épaules gracieusement tombantes, les bras au dessin superbe, la taille fine et ronde, l’évasement audacieux des hanches, il vit tout cela. Il eût mieux aimé le voir moins.

— N’est-ce pas, fit-elle, que mon amazone va bien ?

— Oh ! quant à aller bien…! On dirait qu’elle a poussé sur vous, comme la mousse croît sur les arbres. Elle peut servir d’emblème à la fidélité, sinon à la discrétion.