J'avais toujours considéré les jugements de ma vénérable aïeule comme infaillibles; mais, cette fois, le doute pénétra dans mon âme. Si ce petit visage rose entouré de cheveux noirs emmêlés ressemblait à cette figure aux tons de parchemin, coupée durement d'une moustache grise, surmontée d'une chevelure taillée en brosse, on pouvait aussi bien dire que je rappelais les diables cornus sculptés dans le portail de Sainte-Radegonde.
—Attendez-moi, dit soudain ma grand'mère; je vais parler à celui qui est le maître ici. Espérons qu'il cédera.
Sur ces entrefaites, l'enfant s'était éveillée et tournait autour d'elle, sans remuer la tête, des yeux effarés, si noirs qu'on aurait dit deux petits globes de charbon nageant dans deux cuillerées de lait. Mon aïeule demanda:
—Comment se nomme la petite?
—Rosamonde.
Je vis que ce nom bizarre ne produisait pas une impression excellente sur celle qui l'entendait. Néanmoins la châtelaine se penchait tendrement sur sa petite-nièce pour l'embrasser, lorsque l'enfant, à la vue de ce visage inconnu qui s'approchait du sien, se mit à pousser des cris de Mélusine.
—Pour l'amour du ciel, faites-la taire! s'écria ma grand'mère en se retirant, un peu découragée.
Moi je pensais:
—Rosamonde, ma chère, vous faites une fameuse bêtise pour vos débuts à
Vaudelnay. Ne pas vouloir embrasser grand'mère!
Déjà la femme au chapeau de paille noire s'était approchée de sa pupille et cherchait à l'apaiser, en lui parlant dans cette même langue mystérieuse.