—Bah! fit-elle. Pour te parler de quoi? Mes lettres seraient mortellement ennuyeuses.

—Mais non, mais non, protestai-je poliment. Tu me parleras de toi, de ta peinture, de l'oncle Jean. Tes lettres me feront le plus grand plaisir, au contraire. Je sais que tu es pour moi une amie dévouée et, quand le coeur souffre….

Je m'arrêtai, vaincu par l'émotion. Ma cousine me répondit avec un soupir résigné:

—Je t'écrirai puisque tu l'exiges. Ton adresse?

—Poste restante, à Constantinople.

Nous rejoignîmes l'oncle Jean et je pris congé de lui avec une cordiale poignée de mains. Je plantai deux gros baisers sur les joues de ma cousine, et je rentrai chez moi pour achever mes malles. J'avais prévenu mes parents que j'allais faire une excursion de deux mois, m'excusant sur la soudaineté du départ de ne point aller leur dire adieu.

« Je t'approuve, m'avait écrit mon père. A ton âge il est bon de voyager. Regarde bien pour te souvenir des belles choses que tu auras vues, pour nous les raconter au retour. Je t'envie. Comme tu vas t'amuser! »

Pauvre père, il ne se doutait pas que je partais avec la mort dans l'âme! Il parlait de retour…. Le voyageur dont le désespoir conduit les pas sait-il où, quand, comment se terminera son odyssée?

Le moment du départ était arrivé sans que mon infidèle eût donné signe de vie. Mon ami et moi avions l'air de deux condamnés à mort, lorsque la Galathée nous emporta loin des côtes de la Provence, sur lesquelles nos yeux abattus cherchaient en vain deux ombres ingrates et oublieuses.

XIV