L'oncle Jean et Rosie, fatigués de leur journée, regagnèrent de bonne heure l'appartement de la petite tour, accompagnés par la châtelaine. Mon père me dit, quand nous fûmes seuls:

—Ta cousine est superbe. Elle a les yeux, les sourcils, les cheveux d'une Italienne et le teint d'une Anglaise. Comment ne nous en as-tu jamais parlé?

—Mon Dieu, répondis-je, ma cousine est à peine une femme pour moi. Je la vois toujours telle qu'elle était quand son grand-père l'a déposée sur ce canapé, tout endormie, un certain soir d'hiver. Au reste, nous sommes les meilleurs camarades du monde, mais si elle est Italienne par ses cheveux, elle est quatre fois Anglaise par son esprit positif.

—Tiens, fit mon père, c'est étonnant! Elle n'en a pas l'air. Après tout, cela vaut mieux pour elle, car la pauvre petite ne sera point facile à marier.

—Je doute qu'elle se marie jamais, répliquai-je d'un air profond. Je m'attends à la voir nous donner une nouvelle édition de tante Alexandrine.

—A son aise! conclut mon père. Seulement toi, ne nous donne pas une nouvelle édition de l'oncle Jean.

—Pauvre père! soupirai-je tout bas. Vous ne vous doutez guère que votre fils est amoureux d'une fée inaccessible, et que Gaston de Vaudelnay sera vraisemblablement le dernier de sa race!

Le lendemain matin, je flânais dans le parc à la fraîcheur. En approchant d'un gros platane sous lequel des sièges rustiques invitaient les promeneurs au repos, j'aperçus une forme blanche assise dans une attitude rêveuse.

—Eh bien, Rosie, est-ce que tu regrettes déjà ton musée, ton chevalet et tes madones?

Elle tourna vers moi la tête en tressaillant, et je vis qu'elle avait les yeux pleins de larmes.