—La conclusion de toute cette histoire, résuma-t-elle, c'est que je fus bien peu clairvoyante ou que je suis bien maladroite. Jusqu'ici, je n'ai commis que des erreurs, sauf sur un point: il n'est pas d'homme plus digne d'être aimé que celui auquel j'appartiens.
—Allons! fit la religieuse en souriant, votre sort n'est déjà pas si misérable.
—Aussi, chaque jour, je remercie Dieu. Mais, pour le reste, je n'ai pas sujet de m'enorgueillir. Je me croyais faite pour la perfection de votre vie, et je me trompais…
—Ah! chère enfant, murmura la religieuse à demi-voix, je sais bien pourquoi vous êtes faite!
—J'ai voulu sauver l'existence et convertir l'âme de mon frère, poursuivit la jeune femme; je n'ai pas pu. J'ai voulu trouver et donner le bonheur ici-bas; mon mari m'a rendue jalouse et je l'ai révolté par cette jalousie. Nous comptions nous servir d'une grande fortune pour accomplir le bien; la fortune est menacée, le bien déjà fait, compromis. Nous nous étions proposé de porter fièrement notre nom et l'honneur de nos races parmi le monde; le monde nous a montré—du moins il peut s'attribuer cette victoire—que c'est lui qui est sage, que nous sommes fous. Savez-vous que j'en suis venue à souhaiter une chose qui serait la guérison de tous ces maux? Peut-être que si nous perdions notre procès…
—Trêve de folies! dit la religieuse. Si vous le perdiez, je sais ce qui arriverait: votre mari mourrait de vous voir pauvre.
—Vous avez raison, fit Thérèse devenue pâle. Aussi, ma bonne tante, nous allons, s'il vous plaît, réciter une prière à la chapelle, et j'y allumerai un gros cierge, cela vaudra mieux que de nouer des relations… utiles.
—Parfaitement, ma chère petite. Vous allumerez un gros cierge; et moi j'en allumerai un autre encore plus gros.
—Pour obtenir la même grâce?
—Non: pour en obtenir une autre, que je vous dirai plus tard, quand
Dieu nous l'aura donnée.