—Mon Dieu! fit-il en cherchant à dominer son trouble, j'espère que rien de fâcheux n'est arrivé.
Sans répondre, elle tira sa bourse et mit une pièce d'argent dans la main de son batelier. L'homme s'offrit à porter jusqu'au château le menu bagage de la comtesse.
—Je m'en charge; tu peux retourner chez toi, dit Fortunat; du moins si madame le permet.
Thérèse hésita une seconde à rester seule avec le compagnon que le hasard lui donnait. Mais bientôt elle fut décidée. A cette heure elle connaissait mieux Fortunat. Quel homme, plus efficacement, pouvait l'aider dans la circonstance?
—Monsieur, dit-elle simplement, je vous remercie et j'accepte.
Le bateau s'éloigna.
Il faisait alors assez jour pour distinguer l'étroite jetée de cailloux cimentés qui servait de débarcadère aux piétons, et rejoignait le chemin de halage, bordé par la clôture du parc. La voyageuse et son compagnon suivirent encore une fois le bord du fleuve, à l'endroit même où, quelques mois plus tôt, s'était passée moins tranquillement leur première entrevue. Thérèse avait la clef de la petite porte. Elle la tendit à Fortunat qui fit jouer, non sans un peu d'effort, le pêne rouillé. La comtesse de Sénac était dans son domaine, mais il fallait gravir pendant dix minutes les sentiers du parc avant d'arriver au château dont la tour massive commençait à se montrer, clairement colorée d'une teinte rose.
Quand elle se vit assez loin du chemin pour être à l'abri des curieux, Thérèse s'arrêta près d'un banc.
—Monsieur, dit-elle au jeune homme qui l'avait suivie en silence, voulez-vous, s'il vous plaît, poser ici mon sac et ma couverture? J'ai besoin de vous parler.
Incapable de prononcer une parole, il obéit. La seule chose que la comtesse n'aurait pu obtenir de lui eût été de dire s'il était en état de veille ou de rêve. Sans s'amuser à des phrases banales: