— Je m'en vais… Vous avez raison de refuser… Et je ne dirai rien… Vous êtes quitte… je m'en vais… pardon…
A sa figure de garçon encore inoffensif, à sa voix de petit garçon qui croit encore au règne maternel, on percevait qu'il éprouvait la même émotion que Sonia, à propos de leur commune ressemblance humaine.
Alors, en le voyant se reculer, se déplacer vers la porte, — l'héroïque, la nihiliste qui n'avait pas pleuré encore du misérable sort de la famille, ni de son misérable sort à elle-même, — la farouche qui n'avait pas pleuré aux pires douleurs, au pire outrage, — se mit à pleurer selon son âge, selon sa complexion, selon sa nature de jeune fille. Roland avait si bien prononcé : pardon, — qu'il avait comme fait cesser la méchanceté du monde, — alors la révolte faisait place à la pitié de soi.
Roland sentit qu'il y avait de la brutalité encore dans son départ, qu'il y avait une affreuse allusion dans cette parole : « vous êtes quitte », — lui aussi, il s'attendrit selon son âge.
Vous savez, comme deux enfants malheureux, deux enfants qui ont peur ou qui ont du chagrin, s'embrassent d'un même cœur?
Roland demanda :
— Voulez-vous qu'on s'embrasse en frère et sœur?
Sonia releva le front.
Et, sensation des lèvres aux joues, sensation des âmes rapprochées, ce fut vrai : en frère et sœur.