La punition d'Adam a été le retrait de tous ses bons points, l'interdiction partielle de jeu et de travail en commun pendant plusieurs jours.
Mais ensuite, il fallait entendre les gamins fanfarer devant les absents, devant les aînés de l'école primaire :
— Adam a rendu tous ses bons points! Il ne jouera pas, il n'écrira pas pendant une semaine!
Traduction : « Hein! Adam est épatant! et, par conséquent, nous, ses camarades, sommes épatants. »
Adam n'a pas eu un moment de honte devant les copains ; il se sent soutenu. Toute punition éveille la solidarité latente. Et, chez les enfants, fonctionne puissamment l'instinct coaliseur des êtres de même espèce, de même faiblesse. Devant le châtiment les bons élèves même reconnaissent qu'il y a un ennemi commun : le maître.
Je prêche le discernement dans les réprimandes. Comme si l'autorité n'était pas l'injustice même, comme si, investi d'un pouvoir, chacun n'était pas porté irrésistiblement à abuser de sa force, à sévir d'autant plus cruellement que le prétexte est inexistant et que le patient est sans défense!
Eh bien, J'ai une confession, à faire, moi, la bonne âme, la compatissante, la raisonneuse et la sensible. On verra comme cela me va bien de critiquer autrui.
Il est très contrariant pour la femme de service que les parents tardent à venir chercher les enfants, le soir : tant qu'il reste un élève, elle ne peut pas terminer son ouvrage, elle ne peut ni balayer le préau, ni vider les poêles. Or le fait susceptible par excellence de décider une mère à être plus diligente, c'est de trouver son enfant pleurant. On n'a pas le droit de dire aux parents : « Vous venez trop tard, cela nous gêne », mais on délaisse l'enfant, on lui tourne le dos, on ne lui répond pas ; il pleure, on n'essaie pas de le consoler, puis, quand la mère arrive, on s'écrie avec une hypocrite sollicitude :
— Mais oui, madame, ce pauvre bébé s'ennuie… Voilà un temps infini qu'il est tout seul, le dernier.