Marie Fadette sait qu'elle doit reprendre son panier. Je le lui donne ; il est vide.

— Allons, viens, ma petite, dit un des hommes d'une voix autoritaire le plus possible adoucie.

Une si petite main s'avance, d'un geste fini, sans espoir!… Je n'avais jamais vu si large poigne s'abattre sur l'innocence. Et jamais plus il ne fut question de cette éclosion promise à la douceur des jours, qui avait nom Marie Fadette.

Eh bien, gens ordinaires, gens « d'un autre quartier », quand vous aurez vu arriver à l'école une enfant de cinq ans dont la mère a été assassinée pendant la nuit (l'imaginez-vous s'habillant seule, enjambant le corps, prenant son panier?) quand vous aurez subi cette préparation, nous nous entendrons peut-être et je pourrai tout dire! En attendant, je suis obligée de rester modestement dans les faits moyens.


Les batailles se succèdent régulièrement, on se promet une tripotée pour telle heure ; cela fait partie de l'emploi du temps. Les batailles complètent le devoir d'aller à l'école, n'est-ce pas surtout pour se retrouver et se cogner que l'on afflue chaque jour à cet endroit déterminé?

Aujourd'hui encore Richard et Pluck ont à moitié assommé Tricot et Kliner. Des passants indignés sont entrés prévenir la concierge de l'école. La directrice a écarté les mains : « Nous ne pouvons pas les tenir en laisse. »

— Tu sais, ai-je dit à Richard, si tu bats encore Kliner je ne « change » plus avec toi, tu garderas tes dessins.

Et pour bien rester dans mon rôle, j'ai ajouté résolument :

— Je « changerai » avec un autre.