Vers dix heures, des pas précipités me firent sursauter : un monsieur s'était introduit dans l'école. Il s'arrêta, le temps de me toiser et de me crier : Madame la directrice! puis il fila tout droit à la petite classe.

Madame Paulin accourut, l'air effrayé :

— C'est le délégué cantonal! Vous avez été nommée à la place de sa protégée, il vient voir comment c'est arrivé. Il est furieux. Gare à vous!

— Comment, gare à moi?

— Dame! Il vous a déjà regardée de haut en bas. Et s'il indispose la directrice contre vous? Il y a cinq ans, le délégué d'avant, un vieux, avait pris la femme de service en grippe, il a fini par la faire renvoyer.

— Délicieux! Je vais être heureuse dans cette école. Mais je sais que la fonction d'un délégué cantonal est d'examiner la tenue de l'école ; il n'a nullement à s'occuper de moi.

— Oh! dit madame Paulin avec philosophie, tout le monde peut faire des misères à une subalterne : y a même pas besoin de motif.

— Est-ce qu'il vient souvent, ce délégué?

— Pour ça, oui! C'est de ces gens qui ne savent pas trop ce qu'ils veulent. Les enfants l'intéressent beaucoup : il aime bien à bavarder, la directrice aussi ; alors, voilà, il s'amène.