Ce soir, madame Galant est partie oubliant dans son sous-main une petite brochure bleue : le règlement des écoles maternelles. Inutile de dire que je l'ai emportée, je la replacerai demain matin.

Ce document, des plus intéressants, — malgré son peu d'indications concernant les femmes de service dont le rôle important n'apparaît même pas, contient le plan d'études et les instructions sur l'organisation pédagogique. J'admire tout de bon l'intelligence et la largeur d'idées caractérisant cette partie de programme et je déclare, en sincérité, que les bienfaits de l'école maternelle me sont confirmés vigoureusement.

Je copie. Ne fais-je pas une besogne défendue? des ombres veillent autour de ma chambre, comme dans les mélodrames. Mais non, j'ai le cœur content ; je me pelotonne dans ma rocking-chair et ma lampe va être assez gentille pour empêcher l'onglée de me pincer trop tôt.

« L'école maternelle n'est pas une école, au sens ordinaire du mot : elle forme le passage de la famille à l'école ; elle garde la douceur affectueuse et indulgente de la famille, en même temps qu'elle initie au travail et à la régularité de l'école.

« Le succès de la directrice est jugé par l'ensemble des bonnes influences auxquelles l'enfant est soumis, par le plaisir qu'on lui fait prendre à l'école, par les habitudes d'ordre, de propreté, de politesse, d'attention, d'obéissance, d'activité intellectuelle qu'il y doit contracter pour ainsi dire, en jouant. D'où ce principe général : tous les exercices doivent aider au développement des facultés de l'enfant, sans fatigue, sans contrainte.

« Le but à atteindre, en tenant compte des diversités de tempérament, c'est que les élèves sachent bien le peu qu'ils sauront, c'est qu'ils aiment leurs jeux, grâce à la patience, à l'enjouement, à l'affection ingénieuse de la maîtresse.

« Une bonne santé, l'éducation des sens ébauchée par des petites expériences ; des idées enfantines, mais claires, sur les premiers éléments de ce qui sera l'instruction primaire ; un commencement d'habitudes et de dispositions sur lesquelles l'école puisse s'appuyer pour donner plus tard un enseignement régulier ; le goût de la gymnastique, du chant, du dessin, des images, des récits, l'empressement à voir, à observer, à écouter, à imiter, à répondre, l'intelligence éveillée enfin et l'âme ouverte à toutes les bonnes impressions morales, tels doivent être les effets des quelques années d'école maternelle.

« La méthode sera nécessairement celle qui consiste à imiter les procédés d'éducation d'une mère intelligente et dévouée.

« Comme on ne se propose pas d'exercer un ordre de facultés au détriment des autres, mais de les développer toutes harmoniquement, aucune méthode spéciale qui se fonde sur un système exclusif et artificiel, une méthode essentiellement naturelle, familière : beaucoup de jeux, d'exercices manuels, de leçons de choses, de causeries. »

Voilà qui est bien j'espère! Et le règlement insiste pour que les causeries morales soient mêlées à tous les agissements de la classe et de la récréation, de façon à inspirer aux enfants, par dessus tout « le sentiment de leurs devoirs envers la famille, la patrie et Dieu ».