Si quelques-unes des pages de ce journal paraissent trop singulières, il faudra se rappeler mes espérances brisées, ma déchéance, ma solitude. Il faudra se représenter, dans une chambre au sixième étage, à Ménilmontant, la licenciée ès-lettres, en tablier bleu de service, qui méditait dans le froid de l'hiver sans feu, ou dans la fournaise du toit surchauffé, — après la fatigue corporelle et après cette compression hiérarchique, émule d'une main sale sur un front délicat.

On jugera peut-être que de terribles forces vitales griffèrent leur rébellion sur le papier. D'accord.

Mais si, malignement, l'on dénonce l'hallucination d'une malade sentimentale ; si l'on raille l'obsession d'une persécutée « trop bonne à marier », — je proteste!

Une personne qui m'est chère prétend — avec la fatuité inhérente à son sexe, — que ce journal n'est, au fond, qu'une aventure d'amour. De sorte que — paraît-il, — j'ai pu m'ériger en moraliste susceptible, je n'en ai pas moins écrit « le roman de Rose ». J'ai eu beau mettre des enfants autour du fait capital, j'ai eu beau mettre une école entière autour : un seul drame se poursuit de bout en bout : « celui que je sais bien ».

Je proteste!

Quoique j'aie succombé, — tout beau! messieurs, gardez vos rires, j'ai succombé avec les honneurs de la guerre, — je maintiens que l'on ne saurait voir le romanesque développement d'une intrigue d'amour dans les préoccupations imposées qui se constatent de place en place.

Enfin je suis accusée — avec gratitude — « d'avoir attaqué la première. »

Inutile de discuter contre le parti-pris.

Je demande aux femmes de me soutenir dans ce différend et de dire avec moi, qu'à moins de dénaturer perversement la signification des phrases, ce récit qui lamente, qui rit en frémissant et qui griffe, n'est tout de même pas, — quoi qu'en veuille l'orgueil masculin, — la plainte féline que le retour des saisons propage en les solitudes nocturnes!