Le lendemain, comme d'habitude, après le déjeuner, la dame vient s'asseoir au bas du perron, à l'ombre. Mistigris derrière elle arrive, en s'étirant comme un paresseux ; il se place sur la dernière marche. Aussitôt, ah mon dieu! une plainte déchirante sort du marronnier. C'est la mésange, la mère des petits oiseaux mangés, qui est perchée près du nid vide et qui reconnaît Mistigris. Elle lui envoie un cri, quelque chose comme un cuî, cuî, prolongé, mais non, un cri impossible à répéter et qui doit signifier : « Rends-moi mes petits, rends-moi mes petits ».
Et voilà cette plainte qui continue lente, pénétrante, toujours pareille. Alors, ce même gémissement, sans arrêter, toujours, toujours, cela fait une tristesse qui reste dans l'air comme du gris de brouillard et qui s'élargit ; toujours, toujours.
Les autres oiseaux du jardin se taisent ; on dirait que les feuilles cessent de bouger, que les fleurs se baissent, que les papillons se cachent.
Ce n'est pas seulement une plainte d'oiseau que l'on entend, c'est bien plus grand : c'est une plainte de maman! On dirait qu'il y a aussi l'arbre, le soleil, le ciel qui pleurent avec la mésange. Figurez-vous toutes les choses qui pleurent autour de vous. Sachez alors que toutes les mamans du monde, les mamans des enfants et les mamans des animaux pleurent de la même manière quand on leur a pris leur petit, puisque l'on a fait du mal à la vie que nous respirons, puisque c'est tout qui souffre du même coup, c'est la maison et c'est la rue!
Les chats ne comprennent pas le langage des oiseaux ; mais Mistigris a compris tout de suite la mésange, comme si c'était sa mère, à lui, qui pleurait! « Cuî, cuî, rends-moi mes petits, rends-moi mes petits ».
Il a regardé vite, là-haut, dans le marronnier, puis le voilà qui a fait semblant de ne pas entendre, il tourne le front du côté des poiriers et des pruniers, il s'occupe des mouches qui volent là-bas, il cligne ses yeux, comme si leur poussière d'or le gênait, et il a l'air de compter les fleurs penchées, plus loin encore, tout là-bas.
Mais la mésange est toujours là, sur la branche qui lève son petit bec, et le baisse et le relève, droit vers lui, sans arrêt, toujours, toujours, pleurant la même plainte : « Rends-moi mes petits! rends-moi mes petits! »
Malgré lui, peu à peu, Mistigris ramène ses moustaches devant l'arbre, il les incline et flaire attentivement la pierre du perron à ses pieds.
Mais la mésange continue de crier.
Et peu à peu, la tête de Mistigris se relève, il faut qu'il regarde! il faut qu'il entende! il faut qu'il reste là, les yeux fixés sur la mésange qui le harcèle.