Caroline n'avait encore gagné que des lots insignifiants.—Le regard de monsieur Clavier semblait lui dire: «Nous ne sommes pas heureux, mon enfant, vous le savez.»
Son nom ayant été proclamé vers la fin de la loterie, quand le voile étendu sur la corbeille creusait déjà beaucoup dans le vide, M. Clavier amena avec peine pour elle un lot plus volumineux que les autres. On vit d'abord paraître un manche d'ivoire, ensuite une baguette d'ébène, enfin une étoffe de soie blanche et verte: c'était une ombrelle.
C'est le plus beau lot: les bravos retentissent. Toutes les jeunes demoiselles, oubliant avec héroïsme qu'elles ont été moins bien partagées par le sort, félicitent, embrassent Caroline, qui, avec un tremblement nerveux mis naturellement sur le compte de la joie, reçoit l'ombrelle des mains de Léonide et va se rasseoir, tremblante et décolorée, auprès de M. Clavier.
—Voilà justement, Caroline, de quoi remplacer celle que vous perdîtes l'automne dernier dans la forêt. On dirait la même.
La remarque est faite par M. Clavier: elle achève l'abattement de Caroline.
Heureusement la soirée est finie. On se lève pour partir.
Tandis que les mamans déploient des châles et des manteaux sur les épaules de leurs filles, service qu'à leur tour celles-ci rendent à leurs mères, les domestiques allument leurs falots dans l'antichambre.
Un quart d'heure après la petite fête de famille, tout repose dans Chantilly: on entend la neige bondir mollement sur la pelouse.
Debout contre la cheminée, près des dernières lueurs de la bougie mourante, Léonide réfléchit profondément.