—Qui sait? Nous avons avec nous des valeurs assez fortes. Passant et repassant si souvent sur ce chemin, nous pourrions fort bien être attendus quelque nuit, et cette nuit-ci comme une autre.
—Ton avis est donc de retourner à Chantilly pour y chercher les pistolets, Victor? C'est bien ennuyeux!—nous sommes déjà loin,—songe. Bah!
—Comme il te plaira, Maurice. Permets-moi de te rappeler, cependant, que c'est le mois dernier que la voiture de Creil a été arrêtée à Champlâtreux, et que, sans l'assistance des gendarmes, la caisse des contributions n'allait pas directement chez le receveur général. Le percepteur en est encore malade.
—Au fait, tu as raison. Il vaut mieux être en retard avec les heures qu'en avance avec les voleurs. Joseph, retournez à Chantilly.
Sans bruit, comme si elle eût glissé sur le gazon, la voiture rentra dans le bourg, longea les jardins, et s'arrêta devant celui de Maurice, qui descendit seul.
—Je reviens à l'instant, Victor: le temps de prendre les pistolets. Je n'éveillerai même pas Léonide.
Maurice ouvrit la petite porte du jardin et rentra.
Toutes les lumières étaient éteintes.
Arrivé à la salle à manger, il marcha à tâtons vers la table où Léonide devait avoir déposé les pistolets: ils n'y étaient pas.
La pensée lui vint qu'ils étaient dans l'armoire de la chambre à coucher dont il avait la clé sur lui.