Tu as ri des mortelles tristesses que tu as fait naître tout à coup comme une maladie, au milieu de la joie; tu as ri des pâleurs répandues par toi sur tous ces visages bons et heureux, de ces pâleurs dont les étrangers même ont souffert; tu as ri de ces rougeurs qu'à peine la sellette des tribunaux fait monter aux joues des prévenus: or, tu n'es pas une femme!

T'es-tu seulement mêlée à nos danses que tu as brisées? Non, tu n'es pas une femme! Voit-on ici pour te protéger le regard armé d'un mari, la présence d'un père, le voisinage sacré d'un frère? rien, pas même le bras obscur, le visage masqué d'un mercenaire, pas même la main française d'un inconnu pour mendier ton pardon à ces dames, pour échanger son nom avec nos noms. Or donc, une dernière fois, tu n'es pas une femme!

A bas le masque, monsieur!

Voilà ma première prédiction, beau masque!

Ne devines-tu pas la seconde?

Alors, c'est que tu n'as pas prévu, femme sans esprit, que dans la salle se trouverait le mari de la femme outragée, et que ce ne devait pas être assez de tout ton sang pour payer le mal fait à l'épouse à terre, le mal fait au mari debout. Monsieur, vous êtes un lâche! Si vous êtes une femme à genoux! Si vous êtes un homme, à genoux encore! car vous avez trop attendu pour me prouver que vous étiez un homme.

Vous croyez sans doute, faible comme je vous tiens, maître de vous comme je le suis, sans qu'aucune puissance au monde vous enlève d'ici, que je vais vous arracher le masque et une partie du visage, sans me soucier plus de l'un que de l'autre, mais seulement afin que chacun découvre une place vivante où cracher? Détrompe-toi, beau masque, je t'ai dit que ton art serait en défaut avec moi: garde ton visage!

Mais voyons ta poitrine; là aussi on reconnaît les hommes.

Et, d'un mouvement calculé, Jules Lefort déchira le corsage de la robe de Léonide, mit à nu sa poitrine, emportant dans la brutalité du geste, les pattes, les rubans et les agrafes.

Le sein de Léonide resta découvert, tout enflammé, par places, des ongles qui venaient de le déchirer.