Le colonel ajoute aussitôt: Édouard de Calvaincourt, condamné à mort par le tribunal de Poitiers. Gendarmes, emparez-vous de cet homme! faites votre devoir.

Quatre gendarmes tirent leur sabre et s'avancent sur Édouard: il est perdu:

Édouard lâche au-dessus de leurs têtes ses deux coups de pistolet dans la glace; des milliers d'étincelles jaillissent. Hommes et femmes tombent sur le parquet. Eux-mêmes, épouvantés, blessés par les éclats du talc et du verre, qui ont frappé leurs yeux, les gendarmes opèrent un mouvement de recul. Édouard en profite pour se lancer sur le perron du jardin, le franchit, grimpe au mur de clôture, se trouve en pleine rue, en rase campagne, à la lisière du bois: il est sauvé.

Son cœur bat, ses jambes tremblent, son front est en sueur, ses dents se choquent; mais Léonide?

Il revient sur ses pas avec la même vitesse; il entend passer à ses côtés des chevaux de gendarmerie haletants; il voit courir dans tous les sens les voitures en désordre qui abandonnent la ville troublée: le voilà de nouveau dans Senlis, à la porte de la sous-préfecture. Mais, au lieu de s'introduire dans la salle par le mur du jardin du côté du perron, il entre tout simplement par la porte. La salle est vide: la peur a chassé le plus grand nombre, et ceux qui cherchent à rattraper Édouard ne sont pas restés là à l'attendre. Naturellement, l'endroit le plus sûr pour lui dans ce moment est celui même où, il y a quelques minutes, il avait couru le danger de laisser la vie.

Trois personnes étaient restées dans la salle: Léonide toujours masquée, M. Clavier et Caroline.

—Venez, dit Édouard à Léonide, venez!

—Vous! ici?

—Pas un mot, madame, venez!

—Un seul mot, monsieur, reprit solennellement M. Clavier. Demain, à quatre heures du soir, à la Table-du-Roi, dans la forêt de Chantilly.